Du cinéma en 3D

Publié le par Tico

Qui n'a été voir le déjà célèbre opus de ce cinéaste, connu pour avoir réalisé autre fois un film monstrueusement cher à propos d'un bateau qui coule? Opus introduisant pour la première fois à cette échelle un nouveau rituel à l'entrée en salle de projection. En plus de son pop-corn et de sa boisson gazeuse, le spectateur doit maintenant emporter une paire de très hideuses lunettes, tellement carrées que les robots me prennent pour leur frère. On se croirait au ski, sauf qu'il n'y a pas de neige aveuglante à force de refléter de par sa blancheur la lumière solaire. Lorsque je mettais ce genre de lunettes, me dandinant fièrement dans les rues ou conduisant ma voiture originaire du pays où se lève prétendument le soleil, on se moquait de moi. Du coup j'ai intégré que ça ne constitue en aucun cas un accessoire chic, et qu'il fallait ranger cela dans la catégorie beurk-dégueu. Maintenant, tout le monde s'y est mis. La mode, c'est bien compliqué. Sans doute, c'est d'être plongé dans le noir qui enlève tout sens de la dignité aux spectateurs. 
On me dira malicieusement que pour savoir tout ça, j'y ai peut-être été moi-même, ce qui me priverait de tout crédit et surtout de la légitimité de dénoncer le manque de dignité des autres. "Vous ne voyez donc pas que vous n'êtes pas mieux qu'eux?" sourira-t-on. Outre cette malheureuse rime involontaire qui du coup discrédite à son tour votre style, et par là le mien, puisque ce sont des paroles que je prête à mes détracteurs potentiels (ça commence à devenir compliqué), il ne faut pas oublier que moi au moins je n'ai jamais eu de dignité, et je répondrai donc (potentiellement) que cela je l'ai porté dignement. Et d'ailleurs, je n'ai aucune volonté de cacher que j'a vu ce film, car il faut admettre qu'un film en 3D, c'est pas mal comme distraction quand on habite en province. D'autant que ça me permet de faire des études de sociologie, du moins tant qu'on ne vient pas m'interrompre par des propos que j'anticipe moi-même.
Les gens en effet ne se montrent pas gênés pour un sou de porter de grosses lunettes comme ça. Bien mieux, La foule afflue, et cela à l'heure de la vidéo à la demande sur des écrans plasma dont la taille adaptée aux salles de séjour permet de retrouver en bien des points la douce impression des salles obscures. Cela n'est en rien dû à un soudain engouement du cinéma en tant que tel: pour les autres films programmés, ça n'avait pas l'air folichon. Le spectateur d'aujourd'hui ne va plus au cinéma que pour profiter de ce qu'il n'a pas à la maison, i.e. la 3D. Cela ne va pas durer, les dispositifs utiles à cela sont déjà construits, présentés aux foires internationales de technologie. Mais pendant la lune de miel, c'est le bonheur... surtout pour les gérants de cinéma, qui voyaient d'un mauvais oeil les fauteuils vides devant la toile. Voilà une merveilleuse opération de relance de la consommation. Car non seulement les gens vont de nouveau au cinéma, mais en plus ça leur donne envie de se procurer les dispositifs susdits dans un avenir proche. 
Par ailleurs, un tel phénomène donne prétexte à échanger bien des mots, notamment sur la toile (la world wide, celle sur laquelle vous lisez ceci; cessez de jouer les malins avec moi!). C'est le buzz (i.e. tout le monde sur la toile en parle - on aurait pu dire comme ça, tout simplement, mais les anglicismes inutiles servent à leur tour à rééditer les dictionnaires), par là même les serveurs surchauffent, ce qui incite leurs propriétaires à s'en acheter des plus puissants. Puisque le diariste internautique lambda n'a souvent rien d'intéressant à dire, tout le monde donne son avis sur le film, des liens pointent partout sur le blog d'untel et de machin, qui se renvoient l'ascenseur mutuellement et vers les côtés. Lorsqu'on tape le titre dudit film, le moteur de recherche le plus usité renverra avec d'autant plus de probabilité sur ledit blog d'untel ou de machin, permettant de le faire connaître. L'égo s'en trouve affermi, on se plaint moins de ses problèmes, on ne va plus aller à la réunion du syndicat, ni même s'ennuyer à regarder les infos. Les journalistes ont moins la pression pour faire des reportages de qualité, et par-dessus le marché leur sujet tombe tout rôti dans l'assiette. Les politiques jettent à la corbeille le discours qui devait servir à apaiser les agriculteurs en colère, qui eux aussi aiment le cinéma. Bref, tout le monde est content.
Bon, maintenant le buzz est retombé, remplacé sans doute par un autre. C'est pourquoi c'est le moment opportun de parler de ce film sur ce blog. La difficulté réside dans l'évocation de tout cela sans grossir les rangs de la publicité déjà existante sur internet, puisqu'ici on ne fait de la réclame que pour les auteurs et les médicaments. Je ne voudrai pas avoir l'air de quelqu'un qui profite d'autrui pour asseoir sa célébrité au moyen des statistiques de ce fameux moteur de recherche. Je ne veux surtout pas qu'on me lise! En revanche je répondrai volontiers et avec véhémence à tout commentaire. (Noter cette fabuleuse ambivalence!)
Ainsi donc vais-je faire une petite critique sans prétention de cette oeuvre, dont je tairai le titre (qui devait d'ailleurs revenir à un autre film, basé sur une série de dessin animé, mais ainsi vont les droits d'auteur!). D'emblée il faut préciser que c'est une merveille du point de vue graphique. On a certes déjà filmé la jungle en la survolant, mais là il s'agit bien d'autre chose, et la 3D vient utilement souligner les traits de ces forts belles images. Sans être partisan des dichotomies pour elles-mêmes, je souhaite ensuite placer quelques mots au sujet du scénario, dont je dois bien dire qu'il se situe au-dessus de ce qu'on appelle médiocre, mais pas beaucoup. Des gentils gentils contre des méchants méchants. Si le monde pouvait être aussi simple, on irait tous dans le camp des gentils et on laisserait les méchants entre eux, quitte à ce qu'ils s'ennuient un peu sans nous. Une romance identifiable telle qu'elle dès l'apparition de la drôlement séduisante (ou du moins correspondant aux canons de beauté, adaptés à ce qu'il y a d'extraterrestre dans ses airs) initiatrice avec son ustensile de chasse. On appréciera l'hymne à l'écologie, l'harmonie avec la nature et tout ça, pour laquelle bien des personnes se sont trouvé une fibre ces dernières années. On voit ici à quel point l'absence de toute référence aux noms propre des personnages rend impossible l'identification précise du film, pour les quelques bavarois septentrionaux qui n'en auraient pas entendu parler. Seuls des pédants objecteront que j'ai résumé l'histoire du film à l'extrême.
 Alors, qu'est-ce qui permet de distinguer ce scénario-ci d'un authentiquement médiocre? Un simple message, subtil, mais avec lequel je suis bien d'accord, et peut-être d'autant qu'il est subtil. Pour en rendre compte, je dois dévoiler aux bavarois quelques éléments de l'intrigue. Le héros, en guerre contre les méchants méchants qui veulent tout détruire la belle jungle et dont le tort le plus condamnable c'est de ne pas mourir facilement, se trouve la nuit chez les indigènes qui l'ont adopté et se repose de la bataille. Seul et désespéré devant les armes de destruction massive dont jouit l'ennemi, alors que lui n'a qu'une vague fronde, ou guère mieux, il se prend malgré son athéisme primaire à prier la déesse de la planète, dont ne cessent de parler ses amis qui l'ont initié à la culture de leur tribu. Cependant, ils sont bien au courant que ça ne sert à rien de la prier, puisqu'elle est connue pour ne jamais prendre parti dans un conflit. Lorsque le combat reprend, que tout est au plus mal, la faune et la flore prête main-forte au héros et ses alliés, véritable deus ex natura. La déesse n'est effectivement pas idiote, elle prend volontiers le parti de sa propre survie et boute les ennemis hors de chez elle. Le récit laisse donc supposer qu'elle avait peut-être besoin de se faire avertir du danger imminent, sinon les gentils n'auraient pas gagné. Ce qui nous amène à dire que le héros a participé à la victoire, du fait de son ignorance de la culture d'adoption. Il s'est référé à la conception qu'il avait, lui, d'une déesse, et cela a porté ses fruits. Or son ignorance vient de son statut d'étranger, qu'il a pourtant laissé dans son vaisseau spatial. En s'intégrant chez les autochtones de la planète, il n'est plus étranger, mais il n'en reste pas moins différent des autres. On pourrait dire qu'il est culturellement un métis, et c'est cette plaidoirie pour le métissage qui me plaît tant.

Publié dans La vie en vrac

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Ultimo 21/04/2010 20:06


En effet, ce "Danse avec les Bleus" va un peu plus loin que le film du même titre mais avec des Loups par contre. Disons que le métissage avance d'un pas en "sacrifiant" son corps au profit de
celui de l'Autre ...
Sa tendre moitié est elle aussi pleinement autochtone !
Kevin Costner lui était pas mal plus conservateur en prenant pour moitié une Lakota d'adoption (qui était une "Blanche" kidnappée alors qu'elle n'était qu'une jeune enfant ...)

Mais j'avoue que les effets spéciaux sont "léchés" ...et en même temps, en presque cinq ans de travail, on ne s'attendait pas à moins ...

Ah j'oubliais .... cela augure pour un second, voire un troisième épisode!
Quel sens du capitalisme ce JC !!!


Tico 21/10/2013 04:41



Bon, un commentaire que j'ai laissé traîner, du fait de mon absence prolongée. Désolé!


J'apprécie le parallèle avec le film avec Costner... que je n'ai pas vu! Il m'a énervé dans Robin des Bois, c'était trop loin de ce que j'imaginais pour cette légende. Alors pour un western...