Des haiku

Publié le par Tico

Avec la montée en puissance de la Chine, les yeux des européens se tournent de plus en plus vers l'Asie. Jusqu'ici, l'intérêt demeurait très sélectif. Dans les livres d'histoire français, aucune mention des dynasties Tang, Ming, Tchou-Tchou, Bing, Tralalère. Pourtant, ça pourrait nous apprendre des choses. Les seuls films chinois à passer chez nous venaient de Hong Kong et montraient Bruce Lee qui tabassait des méchants. Maintenant on n'hésite pas à porter des vêtements qui semblent sortis de l'armoire à costumes du réalisateur. Ces dix dernières années, l'on a pu apprécier la richesse du cinéma coréen, mais ce n'est que depuis deux ou trois ans que la littérature de cette contrée nous parvient (Ko Un, Hwang Sok-yong). Les productions indiennes commencent à trouver un public plus large, Bollywood est pourtant depuis longtemps plus prolixe que son grand frère états-unien.
La seule présence asiatique constante dans le paysage européen est le Japon. Les échanges commerciaux ont vite fait de répandre la culture de l'archipel en Occident. Ceux qui s'y intéressent portent soit leur prédilection sur le manga, soit sur une culture plus raffinée dans laquelle on fait pousser de la cérémonie de thé, de la geisha, des calligraphies et du haiku. Certains y comprennent même quelque chose. Pour un grand nombre d'entre eux, c'est surtout un prétexte à rêver d'un ailleurs qui semble moins convenu que notre vieille Europe. Alors on tente de s'en approcher en buvant du thé vert, en s'habillant d'un kimono et en composant des haiku. 

Pour être juste, j'admets que je ne devrais pas me plaindre. Pour une fois que les gens s'intéressent à la poésie, ça mérite l'encouragement. Passe encore si ces gens montrent leurs textes sur un blog. Ce qui me met vraiment en rogne, ce sont les éditeurs qui publient tout ça. Le marché est noyé de vers intitulés très injustement haiku. Que des choses sentimentales. Du coup, on croit que c'est facile, bien plus que des sonnets ("Attends, 14 vers? ABBA ABBA CDDCEE? Et respecter les 12 orteils de l'alexandrin en plus? Trop dur!"). Car en réalité, le découpage en 5-7-5 est loin d'être respecté, et même si le nombre de syllabes est correct, ce n'est toujours pas ça, puisque ce qui compte en japonais, ce sont les mores...  Certains argumentent que de ce fait, le décompte exact des syllabes n'a pas d'importance, puisqu'il constitue plutôt une situation française plaquée sur un art oriental. Je pense que ce qui fait du haiku un art est justement la rigueur nécessaire pour faire tenir en un nombre de mots très limité une émotion de l'éphémère. Que l'on tente de retranscrire cela d'une façon qui n'est pas tout à fait celle du haiku, d'accord, mais alors il faut fixer un minimum de règles, ou renoncer au terme de haiku. 

En général, le ton adopté dans ces textes, vrais haiku ou non, demeure assez conventionnel. Il est caractérisé par des vers ne contenant pas de verbe et peu d'adjectifs, des juxtapositions de groupes nominaux, des mots simples. Le fameux kigo, le terme évoquant subtilement une saison (schématiquement: fleur de cerisier=printemps, feuilles qui tombent=automne, etc.) manque bien souvent. Quant à la portée symbolique du haiku.... n'en parlons pas. Mon sentiment en lisant ces textes: Déception.


                                                                                ***


J'ai l'impression que ces petits poètes pleins de bonne volonté n'ont pas eu accès aux textes des maîtres, Bashô, Issa, Buson, Shiki. Ou plutôt, ils n'ont pas eu la possibilité de s'en impregner assez pour les comprendre, pour être infiltrés de culture japonaise bouddhiste, tellement liée à cette forme de poésie. Sans doute ne peut-on pas les blâmer, même si leurs textes sont médiocres pour la plupart. Au moins fournissent-ils un effort pour écrire et par là retenir un peu le temps qui s'accélère de plus en plus dans notre monde. Peut-être est-ce là leur seule ambition, le simple plaisir de composer trois petits vers. Parfois, ils la dépassent et on se surprend à sentir que telle expression, tel accent nous touche plus que nous le voudrions. Si quelqu'un comme moi monte sur ses grands chevaux et défend la pureté du genre, ça ne va pas déranger les petits poètes. Ils me prndront pour un conservateur un peu jaloux et ils n'auraient pas tout à fait tort. Après tout, des auteurs occidentaux de renom se sont essayés au haiku en se l'appropriant grâce à quelques entorses aux règles classiques. Les règles ne sont pas tout. Je n'en demeure pas moins convaincu que l'on ferait bien de lire les textes des auteurs japonais, au moins pour mesurer la richesse de leur style. Goûtez par exemple ceci que je cite de mémoire:
                                     Le voleur a tout pris
                                     sauf la lune   
                                     dans la fenêtre. 
                                                     (Issa)

Voilà donc un tico que la réflexion aura éloigné de ses positions un peu tranchées du début. C'est quand même utile un blog.

Publié dans Poétique

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bon_sens 10/02/2008 13:57

Navrée de venir mettre fin aux réjouissances de ce blog mais vous venez d'être taggé !!!
Il est impératif de vous rendre sur mon blog et de vous mettre dare dare en quête de six secrets vous concernant !

Sadiquement,
Bon_sens