Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 18:49

Qui n'a été voir le déjà célèbre opus de ce cinéaste, connu pour avoir réalisé autre fois un film monstrueusement cher à propos d'un bateau qui coule? Opus introduisant pour la première fois à cette échelle un nouveau rituel à l'entrée en salle de projection. En plus de son pop-corn et de sa boisson gazeuse, le spectateur doit maintenant emporter une paire de très hideuses lunettes, tellement carrées que les robots me prennent pour leur frère. On se croirait au ski, sauf qu'il n'y a pas de neige aveuglante à force de refléter de par sa blancheur la lumière solaire. Lorsque je mettais ce genre de lunettes, me dandinant fièrement dans les rues ou conduisant ma voiture originaire du pays où se lève prétendument le soleil, on se moquait de moi. Du coup j'ai intégré que ça ne constitue en aucun cas un accessoire chic, et qu'il fallait ranger cela dans la catégorie beurk-dégueu. Maintenant, tout le monde s'y est mis. La mode, c'est bien compliqué. Sans doute, c'est d'être plongé dans le noir qui enlève tout sens de la dignité aux spectateurs. 
On me dira malicieusement que pour savoir tout ça, j'y ai peut-être été moi-même, ce qui me priverait de tout crédit et surtout de la légitimité de dénoncer le manque de dignité des autres. "Vous ne voyez donc pas que vous n'êtes pas mieux qu'eux?" sourira-t-on. Outre cette malheureuse rime involontaire qui du coup discrédite à son tour votre style, et par là le mien, puisque ce sont des paroles que je prête à mes détracteurs potentiels (ça commence à devenir compliqué), il ne faut pas oublier que moi au moins je n'ai jamais eu de dignité, et je répondrai donc (potentiellement) que cela je l'ai porté dignement. Et d'ailleurs, je n'ai aucune volonté de cacher que j'a vu ce film, car il faut admettre qu'un film en 3D, c'est pas mal comme distraction quand on habite en province. D'autant que ça me permet de faire des études de sociologie, du moins tant qu'on ne vient pas m'interrompre par des propos que j'anticipe moi-même.
Les gens en effet ne se montrent pas gênés pour un sou de porter de grosses lunettes comme ça. Bien mieux, La foule afflue, et cela à l'heure de la vidéo à la demande sur des écrans plasma dont la taille adaptée aux salles de séjour permet de retrouver en bien des points la douce impression des salles obscures. Cela n'est en rien dû à un soudain engouement du cinéma en tant que tel: pour les autres films programmés, ça n'avait pas l'air folichon. Le spectateur d'aujourd'hui ne va plus au cinéma que pour profiter de ce qu'il n'a pas à la maison, i.e. la 3D. Cela ne va pas durer, les dispositifs utiles à cela sont déjà construits, présentés aux foires internationales de technologie. Mais pendant la lune de miel, c'est le bonheur... surtout pour les gérants de cinéma, qui voyaient d'un mauvais oeil les fauteuils vides devant la toile. Voilà une merveilleuse opération de relance de la consommation. Car non seulement les gens vont de nouveau au cinéma, mais en plus ça leur donne envie de se procurer les dispositifs susdits dans un avenir proche. 
Par ailleurs, un tel phénomène donne prétexte à échanger bien des mots, notamment sur la toile (la world wide, celle sur laquelle vous lisez ceci; cessez de jouer les malins avec moi!). C'est le buzz (i.e. tout le monde sur la toile en parle - on aurait pu dire comme ça, tout simplement, mais les anglicismes inutiles servent à leur tour à rééditer les dictionnaires), par là même les serveurs surchauffent, ce qui incite leurs propriétaires à s'en acheter des plus puissants. Puisque le diariste internautique lambda n'a souvent rien d'intéressant à dire, tout le monde donne son avis sur le film, des liens pointent partout sur le blog d'untel et de machin, qui se renvoient l'ascenseur mutuellement et vers les côtés. Lorsqu'on tape le titre dudit film, le moteur de recherche le plus usité renverra avec d'autant plus de probabilité sur ledit blog d'untel ou de machin, permettant de le faire connaître. L'égo s'en trouve affermi, on se plaint moins de ses problèmes, on ne va plus aller à la réunion du syndicat, ni même s'ennuyer à regarder les infos. Les journalistes ont moins la pression pour faire des reportages de qualité, et par-dessus le marché leur sujet tombe tout rôti dans l'assiette. Les politiques jettent à la corbeille le discours qui devait servir à apaiser les agriculteurs en colère, qui eux aussi aiment le cinéma. Bref, tout le monde est content.
Bon, maintenant le buzz est retombé, remplacé sans doute par un autre. C'est pourquoi c'est le moment opportun de parler de ce film sur ce blog. La difficulté réside dans l'évocation de tout cela sans grossir les rangs de la publicité déjà existante sur internet, puisqu'ici on ne fait de la réclame que pour les auteurs et les médicaments. Je ne voudrai pas avoir l'air de quelqu'un qui profite d'autrui pour asseoir sa célébrité au moyen des statistiques de ce fameux moteur de recherche. Je ne veux surtout pas qu'on me lise! En revanche je répondrai volontiers et avec véhémence à tout commentaire. (Noter cette fabuleuse ambivalence!)
Ainsi donc vais-je faire une petite critique sans prétention de cette oeuvre, dont je tairai le titre (qui devait d'ailleurs revenir à un autre film, basé sur une série de dessin animé, mais ainsi vont les droits d'auteur!). D'emblée il faut préciser que c'est une merveille du point de vue graphique. On a certes déjà filmé la jungle en la survolant, mais là il s'agit bien d'autre chose, et la 3D vient utilement souligner les traits de ces forts belles images. Sans être partisan des dichotomies pour elles-mêmes, je souhaite ensuite placer quelques mots au sujet du scénario, dont je dois bien dire qu'il se situe au-dessus de ce qu'on appelle médiocre, mais pas beaucoup. Des gentils gentils contre des méchants méchants. Si le monde pouvait être aussi simple, on irait tous dans le camp des gentils et on laisserait les méchants entre eux, quitte à ce qu'ils s'ennuient un peu sans nous. Une romance identifiable telle qu'elle dès l'apparition de la drôlement séduisante (ou du moins correspondant aux canons de beauté, adaptés à ce qu'il y a d'extraterrestre dans ses airs) initiatrice avec son ustensile de chasse. On appréciera l'hymne à l'écologie, l'harmonie avec la nature et tout ça, pour laquelle bien des personnes se sont trouvé une fibre ces dernières années. On voit ici à quel point l'absence de toute référence aux noms propre des personnages rend impossible l'identification précise du film, pour les quelques bavarois septentrionaux qui n'en auraient pas entendu parler. Seuls des pédants objecteront que j'ai résumé l'histoire du film à l'extrême.
 Alors, qu'est-ce qui permet de distinguer ce scénario-ci d'un authentiquement médiocre? Un simple message, subtil, mais avec lequel je suis bien d'accord, et peut-être d'autant qu'il est subtil. Pour en rendre compte, je dois dévoiler aux bavarois quelques éléments de l'intrigue. Le héros, en guerre contre les méchants méchants qui veulent tout détruire la belle jungle et dont le tort le plus condamnable c'est de ne pas mourir facilement, se trouve la nuit chez les indigènes qui l'ont adopté et se repose de la bataille. Seul et désespéré devant les armes de destruction massive dont jouit l'ennemi, alors que lui n'a qu'une vague fronde, ou guère mieux, il se prend malgré son athéisme primaire à prier la déesse de la planète, dont ne cessent de parler ses amis qui l'ont initié à la culture de leur tribu. Cependant, ils sont bien au courant que ça ne sert à rien de la prier, puisqu'elle est connue pour ne jamais prendre parti dans un conflit. Lorsque le combat reprend, que tout est au plus mal, la faune et la flore prête main-forte au héros et ses alliés, véritable deus ex natura. La déesse n'est effectivement pas idiote, elle prend volontiers le parti de sa propre survie et boute les ennemis hors de chez elle. Le récit laisse donc supposer qu'elle avait peut-être besoin de se faire avertir du danger imminent, sinon les gentils n'auraient pas gagné. Ce qui nous amène à dire que le héros a participé à la victoire, du fait de son ignorance de la culture d'adoption. Il s'est référé à la conception qu'il avait, lui, d'une déesse, et cela a porté ses fruits. Or son ignorance vient de son statut d'étranger, qu'il a pourtant laissé dans son vaisseau spatial. En s'intégrant chez les autochtones de la planète, il n'est plus étranger, mais il n'en reste pas moins différent des autres. On pourrait dire qu'il est culturellement un métis, et c'est cette plaidoirie pour le métissage qui me plaît tant.

Par Tico - Publié dans : La vie en vrac
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /Fév /2010 18:20
Il y a quelques jours, un ami de ma chère et tendre nous donne quelques nouvelles. Il est fraîchement revenu du Japon (son pays natal) pour prendre un poste de direction en France. 
Nous l'avions connu lors de ses séjours précédents au pays du camembert et du vin. Il  étudie le français depuis belle lurette et le parle fort bien. Un type motivé, sérieux, travailleur. Rien à redire.
Et puis il se met à raconter comment les procédures ont changé pour avoir le droit de passer quelque temps en France. Il ne s'agit pas, entendons-nous, d'un voyage touristique. Il a fini ses études (effectuées en partie en France). Il vient pour travailler. Mais rien que pour obtenir le visa, ce fut le parcours du combattant... que je ne détaillerais pas ici, ça n'a pas grand intérêt. Probablement c'est plus simple pour les étudiants, on ne sait pas. On sait en revanche qu'il est déjà venu dans des circonstances similaires en France (statut identique), et qu'il a remarqué un changement de procédure.
Je rappelle: Il a étudié en France. Il n'a pas l'intention de faire la bringue et de draguer les jolies Françaises, comme font les étudiants (ces jeunes, vraiment!). Il vient pour travailler. Sérieux, motivé, etc. Parlant le Français. Il n'est pas réfugié politique. Il vient du Japon, c'est pas le Tiers-Monde (et puis même, ça changerait quoi?) Ses papiers sont en règle.
On me croira ou non, mais il a eu un mal de chien à obtenir son titre de séjour. La raison: Pour l'avoir, il faut ouvrir un compte en banque français. Et sur ce compte en banque il faut avoir mis... 28000 euros... Vingthuitmille (je n'ai pas rajouté de zéro par erreur!). De quoi vivre un petit moment.
Ce n'était pas le cas il y a deux ou trois ans. Notre ami peut en témoigner, il a déjà fait le voyage. En somme, pour venir en France pendant un temps prolongé, il faut avoir des réserves financières. Que tout français moyen pourrait débourser sans aucune difficulté, n'est-ce pas. (Hummm...) C'est sûr que comme ça, les vilains étrangers ne peuvent plus profiter impunément de notre système social. (Viennent rien que pour ça, ces p'tits malins.) Là on va leur dire: "Vous avez bien un joli pactole sur votre compte. Epuisez déjà ça puis on en reparle."
De deux choses l'une: Ou bien ceux qui ont instauré cette règle (qui ça peut bien être?) n'ont vraiment aucune notion de combien gagne un citoyen de base ("Comment ça il y a des gens qui n'ont pas de yacht? Mais pourquoi? C'est pas très cher un p'tit yacht."), soit il se cache là derrière la volonté de ne faire entrer en France que des riches, susceptibles de laisser des sous un peu partout. Voilà ce que voulait dire discrimination positive. "Positif" au sens mathématique. Par opposition au négatif, autrement dit les dettes, les chiffres en rouge. On constate une fois de plus avec quel aisance on peut déterminer positivement la valeur d'un être humain: suffit de regarder ses sous.
Un telle logique éclaire bien évidemment d'autres décisions prises récemment et certains débats portés sur le devant de la scène. Pour ceux qui veulent bien ne pas fermer les yeux...
Par Tico - Publié dans : Avis personnels
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Dimanche 9 novembre 2008 7 09 /11 /Nov /2008 11:20
Curieux phénomène que ce mouvement. Pour ceux qui ne connaissent pas, voici l'essentiel de la pensée pro-ana, sous forme de 10 commandements:


  • Si tu n'es pas mince, tu n'es pas attirante.
  • Être mince est plus important qu'être en bonne santé
  • Tu dois t'acheter des vêtements étroits, couper tes cheveux, prendre des pillules diurétiques, jeûner,… Faire n'importe quoi qui puisse te rendre plus mince.
  • Tu ne mangeras point sans te sentir coupable.
  • Tu ne mangeras point de nourriture calorique sans te punir après coup.
  • Tu conteras les calories et restreindras tes apports.
  • Ce que dit la balance est plus important.
  • Perdre du poids est bien / en gagner est mauvais.
  • Tu ne peux jamais être trop mince.
  • Être mince et ne pas manger sont les signes d'une volonté véritable et de succès

source:  http://pinkforlife.unblog.fr/2007/03/25/les-dix-commandemants-pro-ana/
 

Bien des personnes ont exprimé leur désapprobation à l'égard des principes énoncés ci-dessus, allant jusqu'à la demande d'interdiction pure et simple, parce que cela inciterait à l'anorexie mentale. A mon sens, c'est bien plus compliqué que ça. 

Ces jeunes filles (l'anorexie mentale et rare chez le garçon et souvent liée à une autre pathologie psychique) ont cristallisé sous forme de loi quasi religieuse (cf. le terme commandement) donc indiscutable leur état mental. On pourrait y voir une sorte de philosophie personnelle, élaborée pour justifier leur mode de vie. C'est un peu ce que fait tout un chacun: pour légitimer une politique libérale, on doit adhérer à une philosophie libérale, basée sur la volonté, le mérite, la compétition comme source de bien-être pour la société (grâce à l'intervention d'une main invisible qui régule le marché). On peut à l'inverse prôner l'égalité de tous et devant la manifeste inégalité demander la révolution. Plus le mode de vie est extrême, plus il demande à être légitimé par une pensée. C'est ce que font les pro-ana. En fin de compte, leur attitude est cohérente. La première incitée à l'anorexie est celle qui écrit le blog.

On mesure alors à quel point leur maladie est sévère: Par la force qu'elles tirent d'une communauté regroupée sur la toile, elles peuvent résister à toutes les tentatives de traitement. Pourquoi écouterait-on les médecins alors qu'on a plein de copines qui approuvent ce que l'on fait? Les personnes saines d'esprit ne comprennent pas cela et n'adhèrent pas à cette pensée. Pour celles qui gardent enfouies une fragilité, en revanche, cela peut être le déclencheur d'une anorexie mentale. L'adolescence et le besoin d'auto-affirmation, voire de rébellion, qui va avec, y est sans doute pour quelque chose chez ces filles qu'on décrit souvent comme "sans problème" avant l'apparition de la maladie. C'est une façon de dire qu'on ne veut plus écouter les parents et leurs exhortations à être raisonnable.

Toutefois, on peut noter que ces dix commandements pourraient s'appliquer à la lettre (ou presque) au showbiz, notamment dans le milieu de la mode. Interdire les sites pro-ana ne résoudrait pas le problème de l'incitation à la minceur, omniprésente dès que l'on s'intéresse aux contenus diffusés par les médias. Même une loi obligeant les mannequins à garder un poids minimum n'empêcherait pas que la télé et le magazines ne montreraient guère que des femmes minces. Le culte de la maigreur trouverait d'autres terrains, comme les magazines people. "Regardez comme Victoria Beckham rentre bien dans une robe taille zéro." Les stars font ce qu'elles veulent de leur vie privée. Comment les en empêcher? Comment interdire aux paparazzi de s'y intéresser? Le travail commence à un niveau plus profond. Ce sont les représentations qu'il faut changer.

Alors interdire? A la télé, j'ai pu voir une pro-ana réclamer qu'on lui laisse son site, devenu pour elle exutoire. On conçoit que le fait d'écrire ce qu'elles ont dans la tête libère les pro-ana et leur permet de mettre à distance ces pensées. Ce qui est écrit est susceptible d'être relu et critiqué. Alors résistance au traitement ou amorce de guérison? Je ne saurai trancher...

 
Par Tico - Publié dans : Avis personnels
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 14:20

La France est un bien étrange pays: Durant les mois d'été, c'est le calme plat, aucun dossier n'avance, les magasins sont fermés ou du moins en horaire réduit. En septembre, par contre, ça bouillonne, ça se remet en branle, ça bouge et ça remue. Car le contribuable revient de vacances! Finis les bains de soleil, il est de nouveau temps de bosser, bande de cornichons! L'espace-temps fait une pirouette pour nous replonger dans ce que nous connaissions comme notre morne quotidien, et ça s'appelle la rentrée. Les écoliers y ont droit, il paraît que le mot viendrait de là. Mais c'est pas tout: Les hôpitaux ouvrent les lits qu'ils avaient bien pris soin de fermer en juillet (comme ça ils s'habituent aux fermetures définitives attendues pour plus tard). Les vieux bus morts sous l'excessive chaleur ont été remplacés par des jeunes qui ont poussé entretemps. Les médias enlèvent les clous sur la grille d'été et la rangent au grenier à côté du matelas pneumatique. Les hommes politiques ne sont plus interviewés dans leur maison de vacances provinciale, mais dans leur bureau à Paris. Tout ça c'est la rentrée.


Toutefois, il existe un avatar de ce phénomène qui surpasse en brillance les casseroles les plus astiquées de ma modeste demeure: La rentrée littéraire. Vous vous dites: "Encore un type qui nous barbe avec la débauche de nouveaux livres et que c'est pas bien, et gnagnagna." NON! Je trouve ça génial! Pour plusieurs raisons:

1) Déjà, c'est un rite qui revient tous les ans. Dans un monde instable tel que le nôtre, les rites c'est rassurant, ça apaise, on sait où on va. Je connais un pilote qui aime bien lui aussi les rites. Je vous en reparlerai peut-être.

2) C'est l'occasion de découvrir des nouveaux auteurs. Comme ça on se souvient pourquoi on préfère les classiques.

3) Sans blague, on peut parfois lire le premier livre d'un écrivain qui sait vraiment écrire. Oui! Sans fottes d'eaurtohgraf! Avec du style et tout! C'est rare, mais c'est pas impossible!

4) Ou le n-ième livre d'un auteur connu, mais c'est l'occasion de le découvrir et de le ranger avec les classiques.

5) Ou le n-ième livre d'un auteur qui pour la première fois fait un chef-d'oeuvre.
6) Ou le n-ième livre génial d'un auteur inconnu que vous serez l'un des rares à connaître, et plus tard vous direz en sirotant votre champagne "Oui, je l'ai lu quand il n'intéressait encore personne, mon goût très sûr m'a dit que je tenais là le livre d'un génie et comme ça j'en suis devenu fan" et tout le monde vous admirera et vous demandera votre avis sur les textes insipides destinés à la publication au sujet desquels vous direz avec un sourire d'encouragement: "Il y a encore du travail, mon petit.".........

7) Des tas de pauvres gens qui s'imaginent comme moi qu'ils savent écrire trouvent là un moment où le besoin de produire plus et encore plus pour concurrencer la concurrence fait faire n'importe quoi aux éditeurs. Du coup, ils seront publiés et échapperont par là au compte d'auteur, à la ruine qui va avec ainsi qu'à la dépression et au suicide dans le plus obscur anonymat (qui va avec). Parfois ils gagnent même un petit semblant de notoriété, ce qui fait que lorsque viendra l'oubli que la postérité aura jeté d'un air méprisant sur leur oeuvre tel un linceul sur la dépouille trop horriblement moche d'un cadavre pléonasmique en train de pourrir, ils se suicideront dans un anonymat un peu moins obscur (les ventes de leurs livres permettent de payer la facture d'éléctricité), et avec un peu de chance auront droit à la petite notoriété posthume due au destin romanesque qu'aura été le leur (surtout vers le fin).

8) Les éditeurs trouvent à cette période de l'année une occasion pour vendre des bouquins et se faire plein de sous. C'est pas un plaisir qui transcende tout, mais ça rend les éditeurs heureux, et c'est déjà pas mal. De plus, c'est un procédé marketing super-équitable, parce que ça ne dit pas d'acheter des livres des éditions Schmilblick, mais d'acheter des livres tout court. Quel génie, le conseiller marketing qui a eu l'idée de la rentrée littéraire! Il n'y a pas plus bidon comme argument de vente: Tout le monde retourne au boulot, DONC il faut lire des livres. Ou autrement: Tout le monde retourne au boulot, les écrivains aussi, DONC il faut lire des livres. Ben non, on a déjà eu du mal à finir celui qu'on s'était acheté pour lire sur la plage (l'été, un véritable argument de vente!). Mais comme les médias s'y sont mis aussi (ça leur fait de quoi remplir les heures de par la loi consacrées à la culture), ça semble marcher quand même.

9) Bien sûr, on ne peut tout lire, il y en a bien trop. Mais je trouve ça plutôt rassurant. Que dire d'un pays où l'on ne publie presque rien? La plupart des livres sont de la daube, certes, mais pas tous et ça prouve qu'on peut encore penser et écrire un tout petit peu comme on veut dans cette belle République. En outre, ça prouve qu'il y a encore des gens qui savent lire et qui aiment lire, sinon ç'aurait été la faillite depuis longtemps pour l'industrie du livre. C'est vrai que les gens (i.e. la plupart de nos concitoyens) n'ont pas toujours des goûts très recommandables (cf. le succès de certaines émissions à la télé et celui de Marc Lévy), mais tant pis! Il restera toujours quelques fous de cette littérature qui dit si peu et qui dit tout pourtant. L'absence de livres reviendrait à une régression aux temps de l'obscurantisme.

Bref, c'est un moment très important de l'année. Dans la quantité immense de nouveaux livres, on trouve forcément quelque chose qui nous plaît. Profitez-en!

Par Tico - Publié dans : Poétique
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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 14:50
Cela fait un p'tit bout de temps que je n'ai plus rien publié. Il faut savoir que mon examen m'en a grandement empêché. Me voilà donc de retour, avec pour but d'écrire un petit truc sympa. Que de sujets aurais-je voulu aborder au cours de ces mois, mais le travail a été plus fort. Puis c'était un mois de repos. Il fallait bien que je me vide l'esprit en ne pensant à rien de compliqué. Or l'écriture c'est compliqué.... surtout pour un dactylographiste lent comme moi.
C'est une bonne période pour revenir. Que de gens sont revenus parmi nous ces derniers temps alors qu'on n'y croyait plus! Aloysius Chabossot nous a bien fait peur en annonçant qu'il ne toucherait plus à son blog, on se disait "ça y est, la consécration littéraire a soustrait un auteur important de la blogosphere" et puis il n'en était rien. Un peu avant, il y a eu Polnareff. (Je le croyais mort.....) Bon, maintenant, on n'en entend plus parler, c'est donc déjà de l'histoire ancienne... En revanche, Bill Clinton a refait plein d'apparitions à la télé! Toujours aussi bien coiffé, toujours avec sa lippe expressive. Quoi? Lui aussi évincé de la petite lucarne, parce que sa compagne a perdu contre Obama? Oui, je viens un peu après la bataille. Mais en fait, j'anticipe, je suis sûr que Hillary a dû se dire "I'll be ba(ra)ck", au moins en tant que vice-prez, si ce n'est prez en 2012. Autre revenant: Indiana Jones. Un film fabuleux que je n'ai pas vu (le ciné chez moi ne le passe plus... les séances ont dû se vendre très vite pour qu'on en trouve plus!) Toutefois, pour rester dans le présent, je me permets d'évoquer le retour en fanfare d'Ingrid Betancourt. Elle est enfin libérée, on pourra oublier sagement les quelques otages insignifiants perdus au milieu de la jungle. Et tout ça sans l'aide de Sarko! Il a déjà bien du mal à gérer la présidence de l'UE, car le NON est également de retour. Celui-ci a quitté les Pays-Bas en traversant la manche à la nage, mais se trompant de chemin, il a atterri en Irlande. Puis il a pris l'avion pour Varsovie et Prague.
Dans ce contexte, vous comprendrez qu'on ne peut pas mieux tomber pour faire son Comeback. Ce qui est chose faite.
Par Tico - Publié dans : La vie en vrac
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Vendredi 22 février 2008 5 22 /02 /Fév /2008 13:34

"Pourquoi diable les écrivains écrivent-ils toujours au café?" Voilà la question que je me suis posée jusqu'à présent. Le diable, ce vilain, n'a pas voulu répondre. C'est vrai, quoi: Depuis Verlaine et surtout depuis Sartre, on ne peut s'imaginer un auteur digne de ce nom qui ne fréquente les cafés pour y travailler à son oeuvre. Sauf ceux qui sont insomniques, comme Valéry. Ou Amélie Nothomb. Car ce n'est pas simplement comme ça: Les romanciers travaillent chez eux (ils ont besoin de calme, leur projet c'est du sérieux) et les poètes écrivent dans les cafés (où ils se laissent imprégner par les pulsations de la vie et l'alcool de la bière). Des gens très graves, voire trop, se prélassent au café ou au pub (c'est l'image que j'ai de Hemingway), et des âmes inspirées se retirent dans leur cabinet (voyez Flaubert!). Vice-versa, pareil. J'en ai conclu qu'il y avait ces deux catégories: l'écrivain de nuit et l'écrivain de comptoir. Par malheur, je ne souffre que d'une très légère insomnie d'endormissement qui me maintient éveillé deux heures tout au plus. D'ailleurs, elle n'est qu'occasionnelle et se détruit elle-même au bout de deux ou trois nuits ainsi écourtées. Enfin, je n'en ai plus depuis que mon ami François, chez qui je buvais le thé le soir après avoir dîné, a déménagé. Ainsi je ne fais pas partie des écrivains de nuit. J'ai bien pensé le devenir artificiellement en me dopant au thé ou au café, mais les conséquences désastreuses sur ma capacité de concentration m'ont fait réaliser la vanité de ce projet. 
Je m'étais résigné à être un écrivain de comptoir. Mais voilà le hic: Il n'est guère de lieu plus défavorable à la production littéraire que les cafés, si l'on excepte les bars, les pubs, les discothèques et les scieries. En effet, à moins de se trouver une place isolée, ce qu'un nouvel arrivant peut tout de suite mettre en question en s'installant à côté, ou bien un café vide, chose malaisée aux heures de réveil des non insomniaques, il y a toujours des clients qui viennent là pour bavarder, et ce de préférence avec une voix tonitruante pour au moins l'un d'entre eux qui transforme par là en murmure toutes les autres conversations et fait se dissoudre toutes les jolies phrases pas encore notées. La solution consisterait à trouver un endroit fréquenté uniquement par des gens silencieux. Un café pour amoureux? J'imagine que même là se trouverait un couple dont les gloussements porteraient particulièrement loin, jusqu'à ma petite table rose et ma chaise en acajou, me rendant tout effort intellectuel pénible. Un café pour sourds-muets? Si on me laisse entrer, c'est que le lieu ne leur est pas réservé, il suffit d'un seul type qui téléphone pour détruire le silence. Inversement, si un tel endroit existe, ce dont je doute parce que ce serait illégal du fait de la discrimination envers les bien-entendants, je ne pourrais pas y entrer. Et si j'apprenais le langage des signes et me faisais passer pour l'un d'eux? Groumpf! J'ai bien autre chose à faire! Si c'est pour me faire refuser l'accès après tant d'effort parce qu'il faut une carte de mal-entendant, ça ne vaut pas la peine. Alors quoi? 
Le client de café bien silencieux existe pourtant. C'est celui qui vient avec son ordi portable et qui profite du wi-fi. Mais voilà la solution! Eh bien non! Parce que le véritable obstacle, ce ne sont pas les gentils buveurs de café, mais les tenanciers. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir de saupoudrer l'ambiance avec de la musique, souvent la radio ou la télé, ce dont ils ne se privent jamais. L'actualité de la variété française et internationale jusqu'à plus soif, en permanence, sans répit, entrecoupée des proférations des commentateurs, lâchées d'un ton détendu et distancié... Comment peut-on réfléchir dans ces conditions? La terrasse non plus ne m'offrira pas de refuge, car c'est depuis peu le territoire des fumeurs. C'est bête pour celui qui ne fume pas. 
Le choix semblait simple: Soit je sacrifie mes poumons, soit je sacrifie l'écriture. Mais juste avant de m'acheter des cigarettes et les bouteilles d'oxygène qui deviennent nécessaires par la suite, j'ai quand même essayé d'écrire une fois à l'intérieur d'un café, parce que dehors il pleuvait. Bizarrement, ça a marché. Depuis, je me suis amélioré et maintenant je vais exprès au café parce que sinon je ne peux pas écrire. Peut-être m'a-t-on mis quelque chose dans ma tasse??? Est-ce cela la réponse du diable????????? Suis-je déjà en enfer?????????????????????????????????????????????????????????

Par Tico - Publié dans : Poétique
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Mardi 19 février 2008 2 19 /02 /Fév /2008 14:44
Voilà, Bon Sens m'a tagué. Je suis donc obligé de répondre. C'est bête, mais j'ai peu d'amis blogguers. Bon, essayons!
 
Voici les règles du tag:
1) Ecrire le lien de la personne qui vous a tagué. 

Pour moi c'était la maîtresse du blog http://cogitorebello.blogspot.com/

2)Préciser le règlement sur son blog
3)Mentionner six choses sans importance sur soi

 - Pour commencer, je suis un escargot typographique. Mes textes avancent à 0,32 m/h. C'est pourquoi je dois faire court pour ne pas passer ma journée devant l'ordi
 - Justement, je n'ai pas d'ordi chez moi. Je profite méchamment de ceux d'autrui, ou tout simplement de ceux de la BU de Lettres
 - Je croyais que j'aimais le chocolat. En fait, quand j'en ai pas à la maison, je peux passer des semaines sans en manger. Du coup, je me suis mis à croire que je n'aimais pas trop le chocolat. Mais en y réfléchissant, ça me donne envie d'en manger. Alors je ne sais plus quoi penser.
 - Je trimballe en permanence avec moi une paire de ciseaux que je possède depuis l'école primaire. En cours de physique, donc il y a bien des années, elle a touché un aimant. Depuis ce temps, elle attire les trombones, contre mon gré.
 - Un jour, je me suis fait une tendinite du troisième fibulaire en me coupant les ongles! 
 - Quand j'étais petit, je m'imaginais des histoires en prenant comme support des dictionnaires.... des sacrés scénarios!
 4) Trouver six autres personnes à taguer en mettant leurs liens.
Bon, ben, pour l'instant, c'est limité. On commence en douceur.

Anne  http://anne-pitois.over-blog.com/

Boris Crack http://boriscrack.over-blog.com/
Euh... On verra pour la suite!
5) Prévenir sadiquement les personnes sur leur blog

Et voilà! .
Par Tico - Publié dans : La vie en vrac
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 12:40

Avec la montée en puissance de la Chine, les yeux des européens se tournent de plus en plus vers l'Asie. Jusqu'ici, l'intérêt demeurait très sélectif. Dans les livres d'histoire français, aucune mention des dynasties Tang, Ming, Tchou-Tchou, Bing, Tralalère. Pourtant, ça pourrait nous apprendre des choses. Les seuls films chinois à passer chez nous venaient de Hong Kong et montraient Bruce Lee qui tabassait des méchants. Maintenant on n'hésite pas à porter des vêtements qui semblent sortis de l'armoire à costumes du réalisateur. Ces dix dernières années, l'on a pu apprécier la richesse du cinéma coréen, mais ce n'est que depuis deux ou trois ans que la littérature de cette contrée nous parvient (Ko Un, Hwang Sok-yong). Les productions indiennes commencent à trouver un public plus large, Bollywood est pourtant depuis longtemps plus prolixe que son grand frère états-unien.
La seule présence asiatique constante dans le paysage européen est le Japon. Les échanges commerciaux ont vite fait de répandre la culture de l'archipel en Occident. Ceux qui s'y intéressent portent soit leur prédilection sur le manga, soit sur une culture plus raffinée dans laquelle on fait pousser de la cérémonie de thé, de la geisha, des calligraphies et du haiku. Certains y comprennent même quelque chose. Pour un grand nombre d'entre eux, c'est surtout un prétexte à rêver d'un ailleurs qui semble moins convenu que notre vieille Europe. Alors on tente de s'en approcher en buvant du thé vert, en s'habillant d'un kimono et en composant des haiku. 

Pour être juste, j'admets que je ne devrais pas me plaindre. Pour une fois que les gens s'intéressent à la poésie, ça mérite l'encouragement. Passe encore si ces gens montrent leurs textes sur un blog. Ce qui me met vraiment en rogne, ce sont les éditeurs qui publient tout ça. Le marché est noyé de vers intitulés très injustement haiku. Que des choses sentimentales. Du coup, on croit que c'est facile, bien plus que des sonnets ("Attends, 14 vers? ABBA ABBA CDDCEE? Et respecter les 12 orteils de l'alexandrin en plus? Trop dur!"). Car en réalité, le découpage en 5-7-5 est loin d'être respecté, et même si le nombre de syllabes est correct, ce n'est toujours pas ça, puisque ce qui compte en japonais, ce sont les mores...  Certains argumentent que de ce fait, le décompte exact des syllabes n'a pas d'importance, puisqu'il constitue plutôt une situation française plaquée sur un art oriental. Je pense que ce qui fait du haiku un art est justement la rigueur nécessaire pour faire tenir en un nombre de mots très limité une émotion de l'éphémère. Que l'on tente de retranscrire cela d'une façon qui n'est pas tout à fait celle du haiku, d'accord, mais alors il faut fixer un minimum de règles, ou renoncer au terme de haiku. 

En général, le ton adopté dans ces textes, vrais haiku ou non, demeure assez conventionnel. Il est caractérisé par des vers ne contenant pas de verbe et peu d'adjectifs, des juxtapositions de groupes nominaux, des mots simples. Le fameux kigo, le terme évoquant subtilement une saison (schématiquement: fleur de cerisier=printemps, feuilles qui tombent=automne, etc.) manque bien souvent. Quant à la portée symbolique du haiku.... n'en parlons pas. Mon sentiment en lisant ces textes: Déception.


                                                                                ***


J'ai l'impression que ces petits poètes pleins de bonne volonté n'ont pas eu accès aux textes des maîtres, Bashô, Issa, Buson, Shiki. Ou plutôt, ils n'ont pas eu la possibilité de s'en impregner assez pour les comprendre, pour être infiltrés de culture japonaise bouddhiste, tellement liée à cette forme de poésie. Sans doute ne peut-on pas les blâmer, même si leurs textes sont médiocres pour la plupart. Au moins fournissent-ils un effort pour écrire et par là retenir un peu le temps qui s'accélère de plus en plus dans notre monde. Peut-être est-ce là leur seule ambition, le simple plaisir de composer trois petits vers. Parfois, ils la dépassent et on se surprend à sentir que telle expression, tel accent nous touche plus que nous le voudrions. Si quelqu'un comme moi monte sur ses grands chevaux et défend la pureté du genre, ça ne va pas déranger les petits poètes. Ils me prndront pour un conservateur un peu jaloux et ils n'auraient pas tout à fait tort. Après tout, des auteurs occidentaux de renom se sont essayés au haiku en se l'appropriant grâce à quelques entorses aux règles classiques. Les règles ne sont pas tout. Je n'en demeure pas moins convaincu que l'on ferait bien de lire les textes des auteurs japonais, au moins pour mesurer la richesse de leur style. Goûtez par exemple ceci que je cite de mémoire:
                                     Le voleur a tout pris
                                     sauf la lune   
                                     dans la fenêtre. 
                                                     (Issa)

Voilà donc un tico que la réflexion aura éloigné de ses positions un peu tranchées du début. C'est quand même utile un blog.

Par Tico - Publié dans : Poétique
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Jeudi 17 janvier 2008 4 17 /01 /Jan /2008 13:58

Le week-end dernier, l'on pouvait voir sur une chaîne privée autrefois publique un reportage sur un certain Dikoul. Cet homme tient en Russie un centre de rééducation pour personnes paraplégiques avec pour ambition de rendre la marche de nouveau possible pour ces pauvres victimes.

Voyons comment le sujet est traité.

Les journalistes de cette chaîne de télévision nous présentent quelques patients de Dikoul. Les autres médecins les ont condamnés au fauteil roulant, nous apprend le commentateur. Objection votre honneur!* Aucun soignant ne peux faire ça. C'est la maladie qui condamne. Ce malheureux raccourci fait d'emblée des autres médecins les méchants, alors qu'ils ne font qu'apprendre la nouvelle aux victimes. S'ils pouvaient dire autre chose sans mentir, ils le feraient! On voit dès le début que ce reportage n'est en aucun cas objectif. Car, comme par hasard, Dikoul s'adressera plus loin à la caméra en déplorant que ses patients viennent le voir assez tardivement,et qu'ils perdent par là du temps. Autrement dit: "Mes confrères sont des couillons!" Le téléspectateur ne peut s'empêcher de croire cela, puisque ce médecin a l'air de s'y connaître. "Après tout, il prend en charge plein de patients, il les connaît mieux que nous (en même temps, c'est pas très difficile...), il a établi une méthode, il doit avoir raison. " En réalité, discréditer les confrères, ça fait partie du folklore médical. En ce moment, je côtoie des hématologues. Ils sont énervés parce que les collègues de l'étage du dessus ont fait telle erreur. Ils râlent quend les biologistes du centre de transfusion mettent en doute ce qu'ils ont écrit sur la demande de globules rouges. Bon, admettons. Mais ce n'est pas tout! Ils s'arachent aussi les cheveux parce que les anatomo-pathologistes ne savent selon eux pas reconnaître les réactions de rejet de greffe de moelle (greffon versus hôte ou GVH) sur les prélèvements de muqueuse digestive. J'aimerais bien les voir à leur place! Parce que c'est facile de parler, mais est-ce qu'ils savent découper les prélèvements en tout petits morceaux analysables au microscope? Choisir le bon colorant? Différencier un infiltrat lymphoplasmocytaire d'un leucocytoclasique? Evoquer la possibilité de tel et tel diagnostic différentiel? (Moi, je n'y connais rien, mais je le dis.) Et encore, si ça restait une caractéristique des hématologues, on pourrait croire que le contact continuel avec des patients souffrant de leucémie les rend prétentieux et un peu déconnectés de la réalité des autres services. Mais en réanimation, c'est pareil! "Les gens de neurochirurgie/hépatologie/pneumplogie, quand ils reprennent l'un de nos malades, ils les laissent mourir, parce qu'ils s'en occupent mal, gnagnagna!" Les cardiologues méprisent les urgentistes, les gynécologues traient les ophtalmologues de fainéants, les praticiens hospitaliers tapent sur les généralistes, et moi-même je critique tout ce petit monde et ce faisant je m'égare.

Je voulais parler de la méthode Dikoul. Elle consiste à renforcer les muscles qui fonctionnent encore (notamment les muscles abdominaux) pour pallier le déficit au membres inférieurs. Une idée simple et qui paraît logique. On voit donc comment les patients doivent exécuter des exercices au pied d'appareils spécialement conçus, avec un kinésithérapeute à côté (un par patient, le luxe selon le reportage... c'est par malheur bien possible qu'en France on n'ait pas assez de personnel!). L'astuce de Dikoul: une paire de semelles en acier avec des armatures remontant derrière les chevilles pour les maintenir en position (des sortes de bottes en fait). Le patient pourrait alors se concentrer sur le travail des muscles proximaux et oublier les pieds qui tiennent tout seuls. Devant nos yeux ébahis, l'on voit comment Dikoul parvient à ce que les paraplégiques se tiennent debout en gardant un appui sur ses épaules. Il leur tient les jambes au début, puis il dit qu'il ne tient plus rien(je ne l'ai pas vu très distinctement lâcher les patients) et les patients restent debout quelques instants avec les cuisses qui vacillent. Le reportage montre aussi comment une patiente de Dikoul exécute quelques pas plutôt normaux avec une subtile maladresse, derrière laquelle on croit deviner des restes de paraplégie. (Mais paraplégique, l'était-elle jamais? On ne l'a jamais vue auparavent.)

Ce qui m'aurait intéressé à cet endroit du reportage, c'était d'entendre à quels patients s'adressait cette méthode Dikoul (à la télé, je n'ai vu que des jeunes - médicalement parlant, c'est-à-dire moins de 60 ans; les vieux ne deviennt-ils pas paraplégiques?), quel état le taux de succès et d'échec (on ne retient qu'une vague idée de résultats encourageants mais pas le chiffre exact), ce qu'en pensaient les médecins spécialistes en rééducation. Rien de tout ça. En revanche, on apprend que c'est cher (ça, on pouvait s'en douter). Et surtout, on a droit à un long récit retraçant la biographie de Dikoul. Jeune trapéziste, il chute d'une grande hauteur et se retrouve paraplégique, à vie selon les médecins. Il ne veut pas le rester et travaille d'arache-pied pour récupérer la marche. Avec succès, car on le voit plus tard en train de jongler avec des boules en acier (du moins, ça en a l'air, et puis vu la carrure du type, ça m'aurait pas étonné). Par la suite, il devient médecin pour faire profiter les autres paraplégiques de son expérience. C'est pour ça qu'on l'appelle Professeur Dikoul. Les journalistes n'ont pas l'air à 100% convaincus de cette histoire somme toute assez romanesque. 

Pour conclure, ils accopagnent un jeune Français chez lui (à Avanne, c'est juste à côté de chez moi). Il revient de Russie où Dikoul l'a fait travailler ses muscles. Ses amis l'accueillent en fête. Puis, il offre une démonstration de ses exercices: Appuyé sur des barres parallèles, il change l'appui de son corps pour que les jambes (avec bottes de Dikoul) bougent toutes seules et lui permettent d'avancer à petits pas. Bien sûr, ça l'épuise. Il confie à la caméra qu'il continuera de s'entraîner avec le matériel importé de Russie (très cher) et installé dans le garage familial.

C'est tout. Vous comprenez ma déception en tant que futur médecin. Si la science progresse, j'aimerais être au courant! Mais vraiment au courant, c'est-à-dire capable de me former ma propre opinion. Au lieu de ça, des séquences pleines d'émotion, une vision unilatérale du sujet, des performances, du cirque. Ce n'est pas ce que j'entends par journalisme critique (d'ailleurs, enlevez "critique", c'est un pléonasme sinon). Si les seuls doutes qu'émettent les reporters concernent le mythe que Dikoul s'est forgé, on s'en passe, c'est plutôt secondaire. Se rendent-ils compte, ces messieurs, que de tels reportages peuvent déclencher chez des paraplégiques des espoirs de guérison tout à fait injustifiés? Pas une seule fois ne mentionne-t-on si Dikoul prétend guérir les patients à moelle épinière sectionnée. Parce que si oui, c'est clairement un charlatan. C'est peut-être évident, mais on ne peut espérer une récupération de la marche que si la continuité de la moelle est maintenue. Dikoul soigne les paraplégiques, dit-on. Il y a paraplégique et paraplégique! Toujours des regrttables raccourcis! Chaque traitement a des indications précises. C'est valable pour la rééducation. 

J'ai cherché si Dikoul a publié des articles scientifiques. Après tout, il est professeur, donc universitaire. Une telle méthode mériterait qu'on en informe le monde entier! Sur www.pubmed.org , le site où sont répertoriés les articles médicaux, je n'ai rien trouvé... Je ne sai peut-être pas chercher, mais quand même! Au moins son nom devrait apparaître quelque part. N'a-t-il pas fait de sa méthode le sujet de sa thèse? Vu son histoire, ça pourrait être possible.

Le mythe que ce personnage répand sur lui-même me paraît significatif. Sans doute avait-il besoin d'une telle histoire. Un médecin qui a fait du cirque, ça paraît pas sérieux. Mais grâce à ce mythe, ça devient un atout. Au fond, il explique: "Je ne suis pas un docteur comme les autres. Ils ne vous ont laissé aucun espoir. J'ai vécu ce que vous avez vécu. Je m'en suis sorti. Donc je peux vous aider." Si je puis avancer prudemment une hypothèse, je dirai que Dikoul a eu un accident et BEAUCOUP de chance, au point de récupérer intégralement l'usage de ses membres. Un peu de rééducation aura suffi. Si un médecin lui a annoncé un pronostic plus sombre, c'est qu'il avait tort, c'est tout. (Errare humanum est).

Je ne dis pas que la méthode Dikoul ne marche pas. Le système nerveux a surpris plus d'un chercheur. Toutefois, il faut se méfier des charlatans, ils abondent là où la médecine échoue. La seule différence c'est qu'ils échouent après avoir coûté très cher et alimenté des espoirs immenses, d'où une déception d'autant plus grande. Sans avoir des preuves plus consistantes, je ne peux pas affirmer que Dikul n'est pas un charlatan. C'est normalement le devoir des médias de nous informer. Ils auraient dû mener leur enquête, chercher à savoir où Dikoul a obtenu ses diplômes (s'il en a...), prendre un avis extérieur, recueillir des témoignages de ses anciens patients notamment qulqu'un chez qui ça n'a pas marché (il y en a un forcément, aucun traitement n'est parfait). Cette chaîne de télé nous a encore une fois démontré qu'elle tenait surtout à garder du temps de cerveau disponible pour une marque de boisson gazeuse. (Moi au moins, je ne fais de la pub que pour les médicaments.  ;-)

Bientôt pour des écrivains aussi.)





* Si jamais vous devez comparaître devant un juge, ne lui dites jamais ça! On dit "Monsieur le président" (ou Madame, c'est selon) car il préside à la séance. (N'en déduisez pas que seuls les juges anglo-saxons ont de l'honneur, petits impertinents!)

Par Tico - Publié dans : Avis personnels
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Vendredi 11 janvier 2008 5 11 /01 /Jan /2008 16:15
Dans mon cursus, on en déguste des examens. Je ne parle pas des examens complémentaires que l'on inflige à nos pas encore patients (électromyogramme, coronarographie, oeso-gastro-duodénoscopie, myélogramme, ponction lombaire,....) assez pénibles pour certains d'entre eux. Je parle des examens dont tout un chacun a pu goûter les joies au moment du bac (sauf pour ceux qui ne l'ont pas passé, en contrepartie ils goûtent aux joies de l'exclusion et du chômage, si l'on en croit les statistiques).

Les étudiants s'interpellent : "Comment ça a été tes partiels?" On répond toujours "Bof" si l'on ne connaît pas encore la note, avec plus ou moins d'enthousiasme, en fonction de la réussite ressentie. La période suivant immédiatement la rédaction est la plus pénible. Tous nos camarades s'échangent leurs impressions et leurs réponses, faute d'avoir pu le faire au cours de l'épreuve, et découvrent avec horreur qu'ils n'ont pas marqué la même chose que le camarade B. Dulle. Même si Dulle est connu pour incarner la simplicité d'esprit, personne ne résiste longtemps au doute. Dans ce cas, deux solutions: Ou bien l'on refoule tout en disant que la vie continue, ou bien l'on se ronge les ongles, malgré les cachets de LEXOMIL (<----Pub gratuite pour l'industrie pharmaceutique!) et l'on finit par déprimer, se pendre à un arbre et traumatiser méchamment les écoliers qui passeront par là le lendemain matin. Il est donc plus éthique de pratiquer le refoulement, au mieux en ayant évité de parler à Dulle et ses copains M'chel Blick, T. Muche et Paul-René Machin. Ce qui n'est pas chose aisée lorsqu'ils parlent fort pendant qu'ils marchent à côté de vous (vous vous dirigez tous vers la seule sortie). 
Vous l'aurez compris, je dois filer de ce pas à ma séance de relaxation psycho-sophro-ayurvédique. Gnaaaaaaaaaaaaa!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Par Tico - Publié dans : La vie en vrac
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