Jeudi 3 juillet 2008
Cela fait un p'tit bout de temps que je n'ai plus rien publié. Il faut savoir que mon examen m'en a grandement empêché. Me voilà donc de retour, avec pour but d'écrire un petit truc sympa. Que de sujets aurais-je voulu aborder au cours de ces mois, mais le travail a été plus fort. Puis c'était un mois de repos. Il fallait bien que je me vide l'esprit en ne pensant à rien de compliqué. Or l'écriture c'est compliqué.... surtout pour un dactylographiste lent comme moi.
C'est une bonne période pour revenir. Que de gens sont revenus parmi nous ces derniers temps alors qu'on n'y croyait plus! Aloysius Chabossot nous a bien fait peur en annonçant qu'il ne toucherait plus à son blog, on se disait "ça y est, la consécration littéraire a soustrait un auteur important de la blogosphere" et puis il n'en était rien. Un peu avant, il y a eu Polnareff. (Je le croyais mort.....) Bon, maintenant, on n'en entend plus parler, c'est donc déjà de l'histoire ancienne... En revanche, Bill Clinton a refait plein d'apparitions à la télé! Toujours aussi bien coiffé, toujours avec sa lippe expressive. Quoi? Lui aussi évincé de la petite lucarne, parce que sa compagne a perdu contre Obama? Oui, je viens un peu après la bataille. Mais en fait, j'anticipe, je suis sûr que Hillary a dû se dire "I'll be ba(ra)ck", au moins en tant que vice-prez, si ce n'est prez en 2012. Autre revenant: Indiana Jones. Un film fabuleux que je n'ai pas vu (le ciné chez moi ne le passe plus... les séances ont dû se vendre très vite pour qu'on en trouve plus!) Toutefois, pour rester dans le présent, je me permets d'évoquer le retour en fanfare d'Ingrid Betancourt. Elle est enfin libérée, on pourra oublier sagement les quelques otages insignifiants perdus au milieu de la jungle. Et tout ça sans l'aide de Sarko! Il a déjà bien du mal à gérer la présidence de l'UE, car le NON est également de retour. Celui-ci a quitté les Pays-Bas en traversant la manche à la nage, mais se trompant de chemin, il a atterri en Irlande. Puis il a pris l'avion pour Varsovie et Prague.
Dans ce contexte, vous comprendrez qu'on ne peut pas mieux tomber pour faire son Comeback. Ce qui est chose faite.
par Tico publié dans : La vie en vrac
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Vendredi 22 février 2008

"Pourquoi diable les écrivains écrivent-ils toujours au café?" Voilà la question que je me suis posée jusqu'à présent. Le diable, ce vilain, n'a pas voulu répondre. C'est vrai, quoi: Depuis Verlaine et surtout depuis Sartre, on ne peut s'imaginer un auteur digne de ce nom qui ne fréquente les cafés pour y travailler à son oeuvre. Sauf ceux qui sont insomniques, comme Valéry. Ou Amélie Nothomb. Car ce n'est pas simplement comme ça: Les romanciers travaillent chez eux (ils ont besoin de calme, leur projet c'est du sérieux) et les poètes écrivent dans les cafés (où ils se laissent imprégner par les pulsations de la vie et l'alcool de la bière). Des gens très graves, voire trop, se prélassent au café ou au pub (c'est l'image que j'ai de Hemingway), et des âmes inspirées se retirent dans leur cabinet (voyez Flaubert!). Vice-versa, pareil. J'en ai conclu qu'il y avait ces deux catégories: l'écrivain de nuit et l'écrivain de comptoir. Par malheur, je ne souffre que d'une très légère insomnie d'endormissement qui me maintient éveillé deux heures tout au plus. D'ailleurs, elle n'est qu'occasionnelle et se détruit elle-même au bout de deux ou trois nuits ainsi écourtées. Enfin, je n'en ai plus depuis que mon ami François, chez qui je buvais le thé le soir après avoir dîné, a déménagé. Ainsi je ne fais pas partie des écrivains de nuit. J'ai bien pensé le devenir artificiellement en me dopant au thé ou au café, mais les conséquences désastreuses sur ma capacité de concentration m'ont fait réaliser la vanité de ce projet. 
Je m'étais résigné à être un écrivain de comptoir. Mais voilà le hic: Il n'est guère de lieu plus défavorable à la production littéraire que les cafés, si l'on excepte les bars, les pubs, les discothèques et les scieries. En effet, à moins de se trouver une place isolée, ce qu'un nouvel arrivant peut tout de suite mettre en question en s'installant à côté, ou bien un café vide, chose malaisée aux heures de réveil des non insomniaques, il y a toujours des clients qui viennent là pour bavarder, et ce de préférence avec une voix tonitruante pour au moins l'un d'entre eux qui transforme par là en murmure toutes les autres conversations et fait se dissoudre toutes les jolies phrases pas encore notées. La solution consisterait à trouver un endroit fréquenté uniquement par des gens silencieux. Un café pour amoureux? J'imagine que même là se trouverait un couple dont les gloussements porteraient particulièrement loin, jusqu'à ma petite table rose et ma chaise en acajou, me rendant tout effort intellectuel pénible. Un café pour sourds-muets? Si on me laisse entrer, c'est que le lieu ne leur est pas réservé, il suffit d'un seul type qui téléphone pour détruire le silence. Inversement, si un tel endroit existe, ce dont je doute parce que ce serait illégal du fait de la discrimination envers les bien-entendants, je ne pourrais pas y entrer. Et si j'apprenais le langage des signes et me faisais passer pour l'un d'eux? Groumpf! J'ai bien autre chose à faire! Si c'est pour me faire refuser l'accès après tant d'effort parce qu'il faut une carte de mal-entendant, ça ne vaut pas la peine. Alors quoi? 
Le client de café bien silencieux existe pourtant. C'est celui qui vient avec son ordi portable et qui profite du wi-fi. Mais voilà la solution! Eh bien non! Parce que le véritable obstacle, ce ne sont pas les gentils buveurs de café, mais les tenanciers. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir de saupoudrer l'ambiance avec de la musique, souvent la radio ou la télé, ce dont ils ne se privent jamais. L'actualité de la variété française et internationale jusqu'à plus soif, en permanence, sans répit, entrecoupée des proférations des commentateurs, lâchées d'un ton détendu et distancié... Comment peut-on réfléchir dans ces conditions? La terrasse non plus ne m'offrira pas de refuge, car c'est depuis peu le territoire des fumeurs. C'est bête pour celui qui ne fume pas. 
Le choix semblait simple: Soit je sacrifie mes poumons, soit je sacrifie l'écriture. Mais juste avant de m'acheter des cigarettes et les bouteilles d'oxygène qui deviennent nécessaires par la suite, j'ai quand même essayé d'écrire une fois à l'intérieur d'un café, parce que dehors il pleuvait. Bizarrement, ça a marché. Depuis, je me suis amélioré et maintenant je vais exprès au café parce que sinon je ne peux pas écrire. Peut-être m'a-t-on mis quelque chose dans ma tasse??? Est-ce cela la réponse du diable????????? Suis-je déjà en enfer?????????????????????????????????????????????????????????

par Tico publié dans : Poétique
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Mardi 19 février 2008
Voilà, Bon Sens m'a tagué. Je suis donc obligé de répondre. C'est bête, mais j'ai peu d'amis blogguers. Bon, essayons!
 
Voici les règles du tag:
1) Ecrire le lien de la personne qui vous a tagué. 

Pour moi c'était la maîtresse du blog http://cogitorebello.blogspot.com/

2)Préciser le règlement sur son blog
3)Mentionner six choses sans importance sur soi

 - Pour commencer, je suis un escargot typographique. Mes textes avancent à 0,32 m/h. C'est pourquoi je dois faire court pour ne pas passer ma journée devant l'ordi
 - Justement, je n'ai pas d'ordi chez moi. Je profite méchamment de ceux d'autrui, ou tout simplement de ceux de la BU de Lettres
 - Je croyais que j'aimais le chocolat. En fait, quand j'en ai pas à la maison, je peux passer des semaines sans en manger. Du coup, je me suis mis à croire que je n'aimais pas trop le chocolat. Mais en y réfléchissant, ça me donne envie d'en manger. Alors je ne sais plus quoi penser.
 - Je trimballe en permanence avec moi une paire de ciseaux que je possède depuis l'école primaire. En cours de physique, donc il y a bien des années, elle a touché un aimant. Depuis ce temps, elle attire les trombones, contre mon gré.
 - Un jour, je me suis fait une tendinite du troisième fibulaire en me coupant les ongles! 
 - Quand j'étais petit, je m'imaginais des histoires en prenant comme support des dictionnaires.... des sacrés scénarios!
 4) Trouver six autres personnes à taguer en mettant leurs liens.
Bon, ben, pour l'instant, c'est limité. On commence en douceur.

Anne  http://anne-pitois.over-blog.com/

Boris Crack http://boriscrack.over-blog.com/
Euh... On verra pour la suite!
5) Prévenir sadiquement les personnes sur leur blog

Et voilà! .
par Tico publié dans : La vie en vrac
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Lundi 21 janvier 2008

Avec la montée en puissance de la Chine, les yeux des européens se tournent de plus en plus vers l'Asie. Jusqu'ici, l'intérêt demeurait très sélectif. Dans les livres d'histoire français, aucune mention des dynasties Tang, Ming, Tchou-Tchou, Bing, Tralalère. Pourtant, ça pourrait nous apprendre des choses. Les seuls films chinois à passer chez nous venaient de Hong Kong et montraient Bruce Lee qui tabassait des méchants. Maintenant on n'hésite pas à porter des vêtements qui semblent sortis de l'armoire à costumes du réalisateur. Ces dix dernières années, l'on a pu apprécier la richesse du cinéma coréen, mais ce n'est que depuis deux ou trois ans que la littérature de cette contrée nous parvient (Ko Un, Hwang Sok-yong). Les productions indiennes commencent à trouver un public plus large, Bollywood est pourtant depuis longtemps plus prolixe que son grand frère états-unien.
La seule présence asiatique constante dans le paysage européen est le Japon. Les échanges commerciaux ont vite fait de répandre la culture de l'archipel en Occident. Ceux qui s'y intéressent portent soit leur prédilection sur le manga, soit sur une culture plus raffinée dans laquelle on fait pousser de la cérémonie de thé, de la geisha, des calligraphies et du haiku. Certains y comprennent même quelque chose. Pour un grand nombre d'entre eux, c'est surtout un prétexte à rêver d'un ailleurs qui semble moins convenu que notre vieille Europe. Alors on tente de s'en approcher en buvant du thé vert, en s'habillant d'un kimono et en composant des haiku. 

Pour être juste, j'admets que je ne devrais pas me plaindre. Pour une fois que les gens s'intéressent à la poésie, ça mérite l'encouragement. Passe encore si ces gens montrent leurs textes sur un blog. Ce qui me met vraiment en rogne, ce sont les éditeurs qui publient tout ça. Le marché est noyé de vers intitulés très injustement haiku. Que des choses sentimentales. Du coup, on croit que c'est facile, bien plus que des sonnets ("Attends, 14 vers? ABBA ABBA CDDCEE? Et respecter les 12 orteils de l'alexandrin en plus? Trop dur!"). Car en réalité, le découpage en 5-7-5 est loin d'être respecté, et même si le nombre de syllabes est correct, ce n'est toujours pas ça, puisque ce qui compte en japonais, ce sont les mores...  Certains argumentent que de ce fait, le décompte exact des syllabes n'a pas d'importance, puisqu'il constitue plutôt une situation française plaquée sur un art oriental. Je pense que ce qui fait du haiku un art est justement la rigueur nécessaire pour faire tenir en un nombre de mots très limité une émotion de l'éphémère. Que l'on tente de retranscrire cela d'une façon qui n'est pas tout à fait celle du haiku, d'accord, mais alors il faut fixer un minimum de règles, ou renoncer au terme de haiku. 

En général, le ton adopté dans ces textes, vrais haiku ou non, demeure assez conventionnel. Il est caractérisé par des vers ne contenant pas de verbe et peu d'adjectifs, des juxtapositions de groupes nominaux, des mots simples. Le fameux kigo, le terme évoquant subtilement une saison (schématiquement: fleur de cerisier=printemps, feuilles qui tombent=automne, etc.) manque bien souvent. Quant à la portée symbolique du haiku.... n'en parlons pas. Mon sentiment en lisant ces textes: Déception.


                                                                                ***


J'ai l'impression que ces petits poètes pleins de bonne volonté n'ont pas eu accès aux textes des maîtres, Bashô, Issa, Buson, Shiki. Ou plutôt, ils n'ont pas eu la possibilité de s'en impregner assez pour les comprendre, pour être infiltrés de culture japonaise bouddhiste, tellement liée à cette forme de poésie. Sans doute ne peut-on pas les blâmer, même si leurs textes sont médiocres pour la plupart. Au moins fournissent-ils un effort pour écrire et par là retenir un peu le temps qui s'accélère de plus en plus dans notre monde. Peut-être est-ce là leur seule ambition, le simple plaisir de composer trois petits vers. Parfois, ils la dépassent et on se surprend à sentir que telle expression, tel accent nous touche plus que nous le voudrions. Si quelqu'un comme moi monte sur ses grands chevaux et défend la pureté du genre, ça ne va pas déranger les petits poètes. Ils me prndront pour un conservateur un peu jaloux et ils n'auraient pas tout à fait tort. Après tout, des auteurs occidentaux de renom se sont essayés au haiku en se l'appropriant grâce à quelques entorses aux règles classiques. Les règles ne sont pas tout. Je n'en demeure pas moins convaincu que l'on ferait bien de lire les textes des auteurs japonais, au moins pour mesurer la richesse de leur style. Goûtez par exemple ceci que je cite de mémoire:
                                     Le voleur a tout pris
                                     sauf la lune   
                                     dans la fenêtre. 
                                                     (Issa)

Voilà donc un tico que la réflexion aura éloigné de ses positions un peu tranchées du début. C'est quand même utile un blog.

par Tico publié dans : Poétique
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Jeudi 17 janvier 2008

Le week-end dernier, l'on pouvait voir sur une chaîne privée autrefois publique un reportage sur un certain Dikoul. Cet homme tient en Russie un centre de rééducation pour personnes paraplégiques avec pour ambition de rendre la marche de nouveau possible pour ces pauvres victimes.

Voyons comment le sujet est traité.

Les journalistes de cette chaîne de télévision nous présentent quelques patients de Dikoul. Les autres médecins les ont condamnés au fauteil roulant, nous apprend le commentateur. Objection votre honneur!* Aucun soignant ne peux faire ça. C'est la maladie qui condamne. Ce malheureux raccourci fait d'emblée des autres médecins les méchants, alors qu'ils ne font qu'apprendre la nouvelle aux victimes. S'ils pouvaient dire autre chose sans mentir, ils le feraient! On voit dès le début que ce reportage n'est en aucun cas objectif. Car, comme par hasard, Dikoul s'adressera plus loin à la caméra en déplorant que ses patients viennent le voir assez tardivement,et qu'ils perdent par là du temps. Autrement dit: "Mes confrères sont des couillons!" Le téléspectateur ne peut s'empêcher de croire cela, puisque ce médecin a l'air de s'y connaître. "Après tout, il prend en charge plein de patients, il les connaît mieux que nous (en même temps, c'est pas très difficile...), il a établi une méthode, il doit avoir raison. " En réalité, discréditer les confrères, ça fait partie du folklore médical. En ce moment, je côtoie des hématologues. Ils sont énervés parce que les collègues de l'étage du dessus ont fait telle erreur. Ils râlent quend les biologistes du centre de transfusion mettent en doute ce qu'ils ont écrit sur la demande de globules rouges. Bon, admettons. Mais ce n'est pas tout! Ils s'arachent aussi les cheveux parce que les anatomo-pathologistes ne savent selon eux pas reconnaître les réactions de rejet de greffe de moelle (greffon versus hôte ou GVH) sur les prélèvements de muqueuse digestive. J'aimerais bien les voir à leur place! Parce que c'est facile de parler, mais est-ce qu'ils savent découper les prélèvements en tout petits morceaux analysables au microscope? Choisir le bon colorant? Différencier un infiltrat lymphoplasmocytaire d'un leucocytoclasique? Evoquer la possibilité de tel et tel diagnostic différentiel? (Moi, je n'y connais rien, mais je le dis.) Et encore, si ça restait une caractéristique des hématologues, on pourrait croire que le contact continuel avec des patients souffrant de leucémie les rend prétentieux et un peu déconnectés de la réalité des autres services. Mais en réanimation, c'est pareil! "Les gens de neurochirurgie/hépatologie/pneumplogie, quand ils reprennent l'un de nos malades, ils les laissent mourir, parce qu'ils s'en occupent mal, gnagnagna!" Les cardiologues méprisent les urgentistes, les gynécologues traient les ophtalmologues de fainéants, les praticiens hospitaliers tapent sur les généralistes, et moi-même je critique tout ce petit monde et ce faisant je m'égare.

Je voulais parler de la méthode Dikoul. Elle consiste à renforcer les muscles qui fonctionnent encore (notamment les muscles abdominaux) pour pallier le déficit au membres inférieurs. Une idée simple et qui paraît logique. On voit donc comment les patients doivent exécuter des exercices au pied d'appareils spécialement conçus, avec un kinésithérapeute à côté (un par patient, le luxe selon le reportage... c'est par malheur bien possible qu'en France on n'ait pas assez de personnel!). L'astuce de Dikoul: une paire de semelles en acier avec des armatures remontant derrière les chevilles pour les maintenir en position (des sortes de bottes en fait). Le patient pourrait alors se concentrer sur le travail des muscles proximaux et oublier les pieds qui tiennent tout seuls. Devant nos yeux ébahis, l'on voit comment Dikoul parvient à ce que les paraplégiques se tiennent debout en gardant un appui sur ses épaules. Il leur tient les jambes au début, puis il dit qu'il ne tient plus rien(je ne l'ai pas vu très distinctement lâcher les patients) et les patients restent debout quelques instants avec les cuisses qui vacillent. Le reportage montre aussi comment une patiente de Dikoul exécute quelques pas plutôt normaux avec une subtile maladresse, derrière laquelle on croit deviner des restes de paraplégie. (Mais paraplégique, l'était-elle jamais? On ne l'a jamais vue auparavent.)

Ce qui m'aurait intéressé à cet endroit du reportage, c'était d'entendre à quels patients s'adressait cette méthode Dikoul (à la télé, je n'ai vu que des jeunes - médicalement parlant, c'est-à-dire moins de 60 ans; les vieux ne deviennt-ils pas paraplégiques?), quel état le taux de succès et d'échec (on ne retient qu'une vague idée de résultats encourageants mais pas le chiffre exact), ce qu'en pensaient les médecins spécialistes en rééducation. Rien de tout ça. En revanche, on apprend que c'est cher (ça, on pouvait s'en douter). Et surtout, on a droit à un long récit retraçant la biographie de Dikoul. Jeune trapéziste, il chute d'une grande hauteur et se retrouve paraplégique, à vie selon les médecins. Il ne veut pas le rester et travaille d'arache-pied pour récupérer la marche. Avec succès, car on le voit plus tard en train de jongler avec des boules en acier (du moins, ça en a l'air, et puis vu la carrure du type, ça m'aurait pas étonné). Par la suite, il devient médecin pour faire profiter les autres paraplégiques de son expérience. C'est pour ça qu'on l'appelle Professeur Dikoul. Les journalistes n'ont pas l'air à 100% convaincus de cette histoire somme toute assez romanesque. 

Pour conclure, ils accopagnent un jeune Français chez lui (à Avanne, c'est juste à côté de chez moi). Il revient de Russie où Dikoul l'a fait travailler ses muscles. Ses amis l'accueillent en fête. Puis, il offre une démonstration de ses exercices: Appuyé sur des barres parallèles, il change l'appui de son corps pour que les jambes (avec bottes de Dikoul) bougent toutes seules et lui permettent d'avancer à petits pas. Bien sûr, ça l'épuise. Il confie à la caméra qu'il continuera de s'entraîner avec le matériel importé de Russie (très cher) et installé dans le garage familial.

C'est tout. Vous comprenez ma déception en tant que futur médecin. Si la science progresse, j'aimerais être au courant! Mais vraiment au courant, c'est-à-dire capable de me former ma propre opinion. Au lieu de ça, des séquences pleines d'émotion, une vision unilatérale du sujet, des performances, du cirque. Ce n'est pas ce que j'entends par journalisme critique (d'ailleurs, enlevez "critique", c'est un pléonasme sinon). Si les seuls doutes qu'émettent les reporters concernent le mythe que Dikoul s'est forgé, on s'en passe, c'est plutôt secondaire. Se rendent-ils compte, ces messieurs, que de tels reportages peuvent déclencher chez des paraplégiques des espoirs de guérison tout à fait injustifiés? Pas une seule fois ne mentionne-t-on si Dikoul prétend guérir les patients à moelle épinière sectionnée. Parce que si oui, c'est clairement un charlatan. C'est peut-être évident, mais on ne peut espérer une récupération de la marche que si la continuité de la moelle est maintenue. Dikoul soigne les paraplégiques, dit-on. Il y a paraplégique et paraplégique! Toujours des regrttables raccourcis! Chaque traitement a des indications précises. C'est valable pour la rééducation. 

J'ai cherché si Dikoul a publié des articles scientifiques. Après tout, il est professeur, donc universitaire. Une telle méthode mériterait qu'on en informe le monde entier! Sur www.pubmed.org , le site où sont répertoriés les articles médicaux, je n'ai rien trouvé... Je ne sai peut-être pas chercher, mais quand même! Au moins son nom devrait apparaître quelque part. N'a-t-il pas fait de sa méthode le sujet de sa thèse? Vu son histoire, ça pourrait être possible.

Le mythe que ce personnage répand sur lui-même me paraît significatif. Sans doute avait-il besoin d'une telle histoire. Un médecin qui a fait du cirque, ça paraît pas sérieux. Mais grâce à ce mythe, ça devient un atout. Au fond, il explique: "Je ne suis pas un docteur comme les autres. Ils ne vous ont laissé aucun espoir. J'ai vécu ce que vous avez vécu. Je m'en suis sorti. Donc je peux vous aider." Si je puis avancer prudemment une hypothèse, je dirai que Dikoul a eu un accident et BEAUCOUP de chance, au point de récupérer intégralement l'usage de ses membres. Un peu de rééducation aura suffi. Si un médecin lui a annoncé un pronostic plus sombre, c'est qu'il avait tort, c'est tout. (Errare humanum est).

Je ne dis pas que la méthode Dikoul ne marche pas. Le système nerveux a surpris plus d'un chercheur. Toutefois, il faut se méfier des charlatans, ils abondent là où la médecine échoue. La seule différence c'est qu'ils échouent après avoir coûté très cher et alimenté des espoirs immenses, d'où une déception d'autant plus grande. Sans avoir des preuves plus consistantes, je ne peux pas affirmer que Dikul n'est pas un charlatan. C'est normalement le devoir des médias de nous informer. Ils auraient dû mener leur enquête, chercher à savoir où Dikoul a obtenu ses diplômes (s'il en a...), prendre un avis extérieur, recueillir des témoignages de ses anciens patients notamment qulqu'un chez qui ça n'a pas marché (il y en a un forcément, aucun traitement n'est parfait). Cette chaîne de télé nous a encore une fois démontré qu'elle tenait surtout à garder du temps de cerveau disponible pour une marque de boisson gazeuse. (Moi au moins, je ne fais de la pub que pour les médicaments.  ;-)

Bientôt pour des écrivains aussi.)





* Si jamais vous devez comparaître devant un juge, ne lui dites jamais ça! On dit "Monsieur le président" (ou Madame, c'est selon) car il préside à la séance. (N'en déduisez pas que seuls les juges anglo-saxons ont de l'honneur, petits impertinents!)

par Tico publié dans : Avis personnels
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Vendredi 11 janvier 2008
Dans mon cursus, on en déguste des examens. Je ne parle pas des examens complémentaires que l'on inflige à nos pas encore patients (électromyogramme, coronarographie, oeso-gastro-duodénoscopie, myélogramme, ponction lombaire,....) assez pénibles pour certains d'entre eux. Je parle des examens dont tout un chacun a pu goûter les joies au moment du bac (sauf pour ceux qui ne l'ont pas passé, en contrepartie ils goûtent aux joies de l'exclusion et du chômage, si l'on en croit les statistiques).

Les étudiants s'interpellent : "Comment ça a été tes partiels?" On répond toujours "Bof" si l'on ne connaît pas encore la note, avec plus ou moins d'enthousiasme, en fonction de la réussite ressentie. La période suivant immédiatement la rédaction est la plus pénible. Tous nos camarades s'échangent leurs impressions et leurs réponses, faute d'avoir pu le faire au cours de l'épreuve, et découvrent avec horreur qu'ils n'ont pas marqué la même chose que le camarade B. Dulle. Même si Dulle est connu pour incarner la simplicité d'esprit, personne ne résiste longtemps au doute. Dans ce cas, deux solutions: Ou bien l'on refoule tout en disant que la vie continue, ou bien l'on se ronge les ongles, malgré les cachets de LEXOMIL (<----Pub gratuite pour l'industrie pharmaceutique!) et l'on finit par déprimer, se pendre à un arbre et traumatiser méchamment les écoliers qui passeront par là le lendemain matin. Il est donc plus éthique de pratiquer le refoulement, au mieux en ayant évité de parler à Dulle et ses copains M'chel Blick, T. Muche et Paul-René Machin. Ce qui n'est pas chose aisée lorsqu'ils parlent fort pendant qu'ils marchent à côté de vous (vous vous dirigez tous vers la seule sortie). 
Vous l'aurez compris, je dois filer de ce pas à ma séance de relaxation psycho-sophro-ayurvédique. Gnaaaaaaaaaaaaa!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
par Tico publié dans : La vie en vrac
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Mardi 8 janvier 2008

A une certaine époque, je me persuadais que les vieux ragouts qu'on nous servait en classe de français ne pouvaient pas constituer le fin mot de la littérature, que les pavés balzaciens, les rumsteaks d'un Rousseau, les entrecôtes de Flaubert, mais aussi toutes les tartines de Corneille et Racine, les petits-fours de Ronsard et les morilles en croûte des Très Anciens (Sophocle, Homère etc.) pouvaient se faire voler la vedette par des textes excitants, inventifs et inattendus; neufs en un mot (si seulement l'école n'était pas si rigide). Plus tard, j'ai lu beaucoup de Balzac, j'ai relu Rousseau, j'ai goûté un passage de Flaubert çà et là. Au théâtre, on a joué Bérénice, puis Antigone du vieux Soph' devant mes yeux ébahis. Mon jugement était bien trop hâtif, sans doute n'étais-je pas tant exaspéré par le livre en lui-même mais par l'école qui m'obligeait à les lire. (J'aurais trouvé le chemin tout seul! Ils me prenaient pour qui???) Je sais maintenant que pour concurrencer de pareils chefs-d'oeuvre il faut remplir son encrier de bonne heure. Si tel ou tel livre a vieilli, on ne peut pour autant le jeter aux oubliettes, et c'est là que les Anciens sont forts.

Pendant cette période rebelle j'ai acquis de nombreux livres d'auteurs contemporains, convaincu que je tiendrais en main un futur prix Nobel, tôt ou tard. Puis, les études étant avides de temps, j'ai fini par ne pas les ouvrir, ou bien de lire autre chose. Jusqu'à ce jour récent où j'ai retrouvé le livre de Shan Sa intitulé La joueuse de go. Cet ouvrage, précisons-le, a reçu le couronnement du Prix Goncourt des Lycéens (Goncourt ça fait toujours bien sur un CV d'auteur). Intéressé par ce monde inconnu qu'est l'Asie orientale, j'étais tout content de lire ça. Sur la couverture de l'édition de poche, le pied délicat d'une jeune geisha (enfin, on voit pas le visage, on l'imagine jeune, sinon ça fait pas rêver) pointant sous le drapé d'un kimono, en train de faire un pas en avant. Très prometteur. 

Puisque vous ne lirez pas ce livre, voilà l'histoire: Une jeune fille mandchoue dans les années trente du XXè siècle, vit paisiblement en Mandchourie (incroyable, mais vrai!) et en fait elle sait très bien jouer le go, ce cousin japonais du jeu d'échec. Parallèlement, l'on suit l'histoire d'un soldat japonais qui s'embarque pour... la Mandchourie (quelle coïncidence!) et qui évoque ses souvenirs pendant qu'il participe à l'occupation de cette province chinoise. Les chapitres fort courts font alterner les points de vue de la fille et du soldat. Pendant la première moitié du livre on se demande que vient faire ce récit d'un militaire entre chaque chapitre où la joueuse de go raconte sa vie. Car sa vie est palpitante! Elle repousse les avances de son cousin lubrique qui veut l'épouser (il lui avait appris le go, c'était pas pour rien!). Elle a seize ans et veut profiter de la vie. A l'école elle est différente, tout juste différente (bien sûr, la vie des gens comme tous les autres ne fait pas rêver!)  mais elle se lie quand même d'amitié avec une autre camarade. On apprend que sa soeur aînée lui tape sur le système. Puis, un jour, elle rencontre deux jeunes révolutionnaires (vous aurez remarqué que dans les romans on ne parle jamais des vieux révolutionnaires à barbe blanche et au front dégarni, seuls les jeunes ont cette fougue qui rend les changements et les guerres civiles possibles, et puis les pépés ça fait pas rêver!). Une relation à peu près triangulaire s'établit, puisque notre héroïne va flirter gentiment avec l'un, copulant avec lui, mais ne restant pas moins amoureuse (en toute chasteté) de l'autre. Pour elle, l'un n'existe pas sans l'autre, ou du moins l'intérêt qu'elle porte à l'un est indissociable de celui pour l'autre. Quand son partenaire de lit part en révolution en compagnie d'une jeune et intellectuelle révolutionnaire qu'il ne semble piont haïr, sa douleur est forte. Entretemps, elle était - ô surprise - tombée enceinte et a avorté. 

Parallèlement, le récit du soldat avait progressé. Il trouve cette guerre un peu absurde, il voit comment les mandchous se font bêtement sabrer par les sabres japonais et déplore que la Chine, terre d'origine de nombreuses traditions nippones,  soit devenue faible, contrairement au Japon, qui a su conserver et même décupler la puissance de sa culture asiatique. Il évoque des souvenirs amoureux, notamment avec une apprentie geisha qui l'avait choisi, contre toute tradition, pour la déflorer (Je doute que les geishas connaissent ce genre de traditions, mais sinon ça fait pas rêver). Inutile de dire que ça s'est mal terminé. Finalement, non content de se retrouver dans le même livre que la joueuse de go, sa garnison fait halte dans la ville où celle-ci habite. Le hasard fait quand même bien les choses! On ne l'aurait jamais cru! Les voilà qu'ils se rencontrent sur la place des Mille Vents où se trouvent les tables avec damier de go gravé dessus, elle en quête d'un adversaire digne de ce nom, puisqu'elle est trop forte (l'histoire d'une nana nulle en go ça fait pas rêver), lui en mission car son colonel croit que c'est là que se trament les conspirations et donc qu'il faut que notre soldat use de sa maîtrise du chinois dans le but de se faire passer pour un voyageur venu de Pékin. (Voyez avec quel art l'auteur a su rendre chaque scène vraisemblable!) Prise dans les affres de sa vie sentimentale, la fille ne parle que peu à son adversaire, tout comme lui, d'ailleurs. Pendant que la révolution gronde et lui ravit le père de son enfant qu'elle n'a pas eu, d'abord sous la forme de la jeune révolutionnaire, puis d'une exécution sanguinolente, la joueuse de go rencontre régulièrement le soldat déguisé (et amoureux d'elle, sinon ça n'aurait pas fait rêver) pour poursuivre la partie qu'ils ont entamée l'autre jour. C'est ce qu'elle a effectivement de mieux à faire, puisque selon ses dires, jouer au go lui donne des forces. (Ailleurs elle se dit épuisée par une partie contre un joueur ordinaire. On dirait que ça ne marche pas à tout les coups.) Quand ça commence vraiment à barder, elle s'enfuit tout de même au milieu de la foule de ses compatriotes. Exténuée par plusieurs jours de fuite, elle se fera prendre par un groupe de militaires japonais (c'est malin!) parmi lesquels aussi notre soldat (encore ce coquin de hasard!). Ces joyeux compagnons n'ayant pas les moyens de se payer une fille de joie, estiment que notre héroïne pourrait faire l'affaire, juste le temps pour elle de patienter avant d'être trucidée dans les règles de l'art guerrier. Le soldat japonais, habitué aux geishas avec bien plus d'expérience professionnelle, mais surtout amoureux transi et donc incapable de vouloir le mal pour sa chérie, ne profite pas de l'occasion (comme ç'aurait été vraisemblable mais pas susceptible de faire rêver), mais la tue vite fait bien fait avant qu'elle puisse se déshonorer. Et voilà le livre bouclé en 92 chapitres, autant qu'il y a de pions dans un jeu de go, un chapitre tour à tour raconté du point de vue de l'un des joueurs.

On aura remarqué avec quelle économie de moyens l'intrigue s'est ficelée. Shan Sa ne perd pas de temps, dès la deuxième moitié du livre les deux personnages principaux font leur première rencontre. Avant cela, on a pu apprécier la vie de chacun, et là encore on est pris par le rythme palpitant du roman. La joueuse de go vit à 100 à l'heure, et l'auteur nous le montre en dévoilant le minimum de sa vie émotionnelle, ou plutôt en la résumant au maximum. Là où un Proust aurait rempli trois pages pour une demi-heure très intense de la vie de son personnage (c'est pour ces extravagances qu'on a relégué Proust, que personne ne connaît plus, aux oubliettes), Shan Sa nous épargne les étapes intermédiaires et nous livre directement le résultat, un peu comme ça: "Je suis triste et je veux mourir. Je m'achète un fruit chez le marchand. Je n'ai jamais été si heureuse." (C'est une mauvaise imitation, n'écrit pas comme Shan Sa qui veut!) Ainsi, on met moins de temps à lire, moins de temps à comprendre (l'auteur choisit des émotions facilement identifiables et nommables) et on économise du papier.

Mais le rythme se ressent dans tous les chapitres du roman. Le soldat, très porté sur la contemplation, n'a pas le temps de nous ennuyer avec des considérations plus philosophiques que la politique étrangère de son pays, encore moins avec des moments de poésie (que nous détestons tous très très fort), puisqu'il ne cesse de bouger jusqu'à ce qu'il arrive dans la ville de la joueuse de go. Autre atout de cette technique: Là où le soldat passe, il ne se passe rien, ou pas grand chose (des douches entre mecs, quelques petites batailles, une prostituée de temps à autre), aucun événement marquant ne peut se développer. Du coup, au lieu de nous faire part en direct d'une page d'histoire orientale (l'occupation japonaise de la Mandchourie), dont on se fout et qui ne fait pas rêver, le soldat se berce dans ses souvenirs, bien plus rigolos. Je pense à cette scène où il voit pour la première fois l'apprentie geisha. Il est ivre et sent un besoin pressant de dégobiller. A ce moment elle paraît et il la trouve tellement éblouissante qu'il en oublie de gerber. (Pensez à regarder une belle geisha quand vous avez trop bu!) L'écrivaine nous livre tout cela avec un style fleuri, on croirait qu'elle est sérieuse, mais on ne s'y trompe pas. 

Et puis d'abord, le style: D'une modernité inestimable. Car pour ceux qui aiment la poésie (ces nigauds), ce n'est vraiment pas le roman à lire. L'auteur se moque de l'art de faire des vers. La métaphore elle la traîne magistralement dans la mousse au chocolat, la crème chantilly, le sirop de litchi et la sauce soja. Vraiment, là est la plus grande réussite de cette romancière chinoise: Elle pratique le cut-up, cette technique d'écriture où l'on prélève des bouts de texte ici et là pour les mélanger et former ainsi à la manière d'u collage une nouvelle oeuvre inédite. Quoi de neuf? me demanderez-vous. Petits ignorants, apprenez que c'est simple et convenu de jouer au cut-up avec du roman occidental contemporain, mais que Shan Sa s'est fixé l'objectif de prélever à travers toute la littérature sino-japonaise classique les tournures et métaphores les plus typiquement orientales qui soient pour écrire son roman. Ce n'est que "joues cramoisies", "bouche telle une mure écrasée", "vent de printemps", "léger comme un grillon" etc. (je cite de mémoire). Il y en a partout!! Mais alors, direz-vous, ça doit faire un peu kitsch? Mais oui, pas qu'un peu! C'est là qu'elle est superbe, admirable, subversive! Ce faisant, elle nous entraîne dans un univers idéal totalement déconnecté de la réalité. On croirait même pointer un peu de kitsch dans l'histoire! C'est pourquoi nous lisons ce livre en apparence fait pour rêver mais en fait on n'y croit pas! Quelle magnifique démonstration de la distanciation si chère à la littérature moderne! Que dis-je, post-moderne! Car le cut-up est vraiment la technique propre à une littérature postérieure à tous les modernismes, une littérature de l'ère hyperindustrielle qui ironise en permanence en citant malicieusement d'autres textes. Il en existait dans d'autres styles mais Shan Sa a pris une histoire d'amour et de guerre banale et y a rajouté son grain de sel oriental, elle invente le roman à la sauce aigre-douce en conserve. 

Et ce n'est pas tout! Les simples d'esprit auront tenté de chercher un message profond dans le déroulement du récit, dans l'association d'images, une quelconque symbolique à même de nous apprendre quelque chose sur nous-même ou sur le monde. Seule une interprétation du roman au premier degré comme d'un récit fait pour rêver permet de croire cela. Dans ce cas, on avancerait que cette histoire montre comment des méchants japonais oppriment des gentils mandchous, parmi lesquels une jeune joueuse de go qui symbolise la vitalité de la jeunesse malgré les tourments de l'adolescence, tourments qui se reflètent dans le sort tumultueux du pays. Ce pays succombe, comme succombe la jeune fille, tuée par un japonais (donc le Japon) qui la prend en pitié, qui ne sait rien faire d'autre pour manifester son amour que de la combattre au go et de la tuer. Peut-on adhérer à une interprétation aussi simpliste lorsqu'on prend en considération ce que j'ai montré plus haut? Bien sûr que non, Shan Sa possède trop de génie pour penser de manière bêtement nationaliste. Elle nous a subtilement indiqué comment prendre ce roman: Avec ironie. Si elle ne nous peint pas un tableau très complet de la Mandchourie de l'époque, c'est volontaire. On aurait été tenté de chercher dans ce livre une connaissance historique, romanesque certes, mais connaissance quand même. Voyez comme elle crée une héroïne tout à fait invraisemblable, les émotions accélérées comme dans aucune pathologie mentale, un talent à seize ans pour un jeu extérieur à sa culture (un peu comme si un français savait jouer au cricket ou au rugby). Voyez comme elle sert le cliché d'une littérature orientale toute imprégnée d'érotisme, avec ce sommet des lieux communs, la confusion entre geisha et prostituée! (http://fr.wikipedia.org/wiki/Geisha) Vous croyez Shan Sa vraiment capable de ça? Non! (Je réponds à votre place car vous ne le pouvez pas.) Il est clair qu'elle a volontairement gommé toute trace de vérité dans ce livre. C'est en fait son plus grand exploit: écrire un livre qui ne veut rien dire.

Vous comprendrez ma jalousie envers les jeunes qui ont eu le privilège de lire ce livre pour le Goncourt des lycéens. Pourquoi ne lisait-on pas ce genre de livres dans mon lycée à moi? Et surtout comment se fait-il que le prix Nobel de Littérature ne soit pas encore revenu à Shan Sa, qui les dépasse tous, de Homère à Peter Handke???? A sa place, Doris Lessing, dont j'ai jamais entendu parler, tellement elle doit être nulle! Un vrai scandale!

par Tico publié dans : Livres à ne pas lire (je l'ai fait à votre place)
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Mardi 11 décembre 2007
J'ai eu entre les mains un numéro du Nouvel Observateur qui publiait quelques passages du dernier livre de BHL. Cet ami de Sarko s'interrogeait publiquement (parce qu'en s'interrogeant tout seul dans sans chambre il n'aurait pas pu être vu en train de penser) si l'on pouvait encore être de gauche aujourd'hui. Sa réponse nous saute à la figure: Oui, bien sûr! (Et heureusement! Vous imaginez le cas contraire? Le PS aurait dû se dissoudre, car quel politicien aurait pu mettre en doute la sagesse d'un philosophe, sous peine de passer pour un réactionnaire, et par là-même confirmer de façon on ne peut plus exemplaire la thèse de BHL. Pire, pour ne pas se retrouver au chômage, les Hollande, DSK (Euh, pas lui) Fabius, Royal, Montebourg se seraient vus contraints d'intégrer la majorité UMP, laissant l'opposition réduite aux deux sièges du MODEM. A toutes les élections on aurait exactement trois candidats: Marine Le Pen (35%) François Bayrou (0,1%) et Sarko (l'éternel gagnant). BHL serait devenu Premier Ministre à vie, autorisé d'assommer l'Assemblée Nationale toutes les semaines par un discours servi d'applaudissements à la fin, à condition qu'il ne décide rien ou alors ce que lui conseille de décider le Président de la République. On se demande ce qui a pu pousser notre philosophe à répondre comme il a fait, vu les belles perspectives s'offrant à lui. On ne se le demande pas longtemps. Car il se trouve que pour Sarko mai 68 c'était nul: Des manifestations. Des grèves. Des vandales qui cassent tout. Des gens qui fument du shit. Des nanas qui veulent avorter. Or pour BHL, rien de plus beau que tout ça. Pour lui, la gauche est effectivement le mouvement qui défend les valeurs de 68. Et puis qui est contre la guerre d'Algérie (c'est vrai qu'avec Sarko Président Eternel les élèves auraient eu droit à des journées mensuelles de foutage de gueule envers les ex-colonies tellement connes de ne pas avoir voulu rester colonies, malgré les indéniables avantages, soulignés par Sarko Président Eternel, Prodigieux, Divin et Illuminé, puisqu'elles auraient pu alors participer à ces journées et les conclure par une explication de texte de la lettre d'adieu de Saint Guy Môquet).
J'attends avec horreur les temps où les Français lapideront les professeurs de philosophie qu'ils vont croiser. Pourquoi les vrais Philosophes ne se liguent-ils pas contre cette calamité de l'intellect qu'est BHL?! Comment peut-on prétendre que la gauche a forcément à voir avec mai 68? C'était quoi ce mouvement? Des manifestations, des grèves, des vandales qui cassent tout. (Le shit viendra plus tard.) C'est surtout le moment où la révolte est devenue politiquement correcte, car moderne, l'intégrant au système dominant et balayant par là les possibilités de résistance plus réfléchie. c'était pour moi un mauvais printemps que celui-là pour la gauche.
Je n'ai pas relevé tous les arguments que le Nouvel Obs publiait, mais ce ne sont pas du tout les meilleures raisons pour être de gauche. A moins que le livre contienne d'autres passages plus intelligents, il ne me semble pas utile de s'encombrer la bibliothèque avec l'ouvrage du philosophe entarté. Rien que la question est débile. Heureusement qu'il y a encore quelques personnes qui ont le coeur à gauche!
par Tico publié dans : Avis personnels
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Vendredi 30 novembre 2007

Tout à l'heure, je passe devant une brasserie. Un pannonceau est fixé sur la porte vitrée où l'on peut lire : "You're welcome! English spoken". Je traduis : "De rien! On parle l'anglais." Cela fait espérer que l'auteur de ce texte ne sera pas celui qui répondra à un hypothétique touriste anglophone. Dans l'une des premières leçons de langue, on apprend les formules de politesse : Excuse me! Please! Thank you! You're welcome! Et avant cela, l'on aprrend à saluer : Good morning! Good afternoon! Hello! Good bye! See you soon! Welcome! Sans doute la proximité temporelle de l'enseignement aura favorisé la confusion.
Doit-on pourtant mettre en cause la qualité des cours d'anglais? Les professeurs peuvent être accusés d'avoir un accent horrible, surtout les plus anciens, de sorte qu'on les identifie tout de suite comme français à l'étranger, leur syntaxe est irréprochable, surtout depuis que le CAPES a vu les nombres de places diminuer. Cependant, accuser le chauvinisme français qui empêcherait la bonne assimilation de l'anglais me semble un peu facile. Je ne vois pas d'autre solution au problème, mais il se peut que cela s'explique à la fois par l'attitude des français et des étrangers. Je crois que le rayonnement de la France reste malgré bien des contre-coups suffisamment fort pour inciter les étrangers à utiliser la langue du pays au lieu de l'anglais, ce latin de l'époque contemporaine. Du coup, les français ne voient pas l'intérêt de se fatiguer à parfaire leur niveau, puisque l'étranger soit comprendra le français, soit arrivera à se faire comprendre avec les bribes d'anglais qui lui restent. Dans des villes plus cosmopolites que B-zakh, on trouvera peut-être davantage d'occasions de converser en anglais, aussi le problème doit moins se rencontrer. 
Pour étayer ma thèse, on n'a qu'à penser à des petits pays dont la langue est très peu répandue et où le niveau d'anglais de la population est excellent. Je pense aux Pays-Bas et à la Suède. Qui, hormis les suèdonautes qui de toutes façons adorent le pays, et les lauréats du prix Nobel, seront amenés à parler suèdois? Du coup les habitants ont intérêt à se faire comprendre autrement. C'est encore pire pour les Pays-Bas qui n'ont pas de prix Nobel! Je conçois que la proximité linguistique favorise sans doute l'apprentissage. 
D'un autre côté, les italiens ne parlent pas bien mieux l'anglais que nous (c'est l'impression que j'ai, je me trompe peut-être!). Est-ce une relative incompatibilité des langues romanes avec les autres qui cause cette difficulté? Comment les Hongrois s'en sortent-ils? Cela doit être difficile de passer du russe à l'anglais. Qu'en est-il du Japon? La Chine écrira-t-elle un jour comme nous? Tant de questions de plus en plus détachées les unes des autres et aucune réponse. Sans doute faut-il que je m'arrête. :-)

par Tico publié dans : La vie en vrac
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Jeudi 29 novembre 2007

Un magnifique essai de Frank Tipler, sorti il y a de cela pas mal d'années. Si jamais vous deviez tomber là-dessus, jetez ce livre et lavez-vous les mains ;-)
C'est un physicien qui veut démontrer par les moyens de la science que Dieu existe, ou plutôt qu'il est en train de devenir existant.... Selon Tipler, l'espèce humaine devra se mettre à coloniser l'espace grâce à des sondes à nano-technologie poussée contenant des cellules embryonnaires humaines et un utérus artificiel. (qui n'est pas encore inventé, mais bon, ce n'est pas grave, on y arrivera bientôt!) Des robots-nounous  élèveront les bébés (J'imagine la scène: Soit la nounou sera vénérée comme une déesse, soit elle se fera démonter à l'adolescence -  parce qu'elle estimera que L'Exorciste pas un truc à regarder à 15 ans et demi - peut-être même plus tôt si les gosses ont la fibre bricoleuse...) et leur apprendront à construire à leur tour des sondes etc. A la fin, l'univers entier finira par être colonisé. Puis viendra le moment où l'univers va collaber. Utilisant la théorie du chaos, Tipler affirme que les êtres intelligents que seront nos descendants vont agir tous en synergie pour empêcher ça (en l'absence de guerre bien sur... mais Tipler n'évoque pas cette possibilité, car on n'aura pas le choix, c'est ça ou crever... vu la suite, je préfère crver!). Si,si! Puisque le battement d'aile d'un papillon à Hong Kong peut déclencher une tornade à San Francisco, dans un système chaotique comme l'univers, bien plus chaotique que le ciel terrestre, l'action de plein de petits humains en même temps dans le même sens doit pouvoir empêcher le collapsus de l'univers!!!...??? Mieux! Ce collapsus avorté va produire de l'Energie! (Sans blague! on se demande où est passé l'énergie utilisée pour bloquer l'affaissement) Puis on construira des super-ordinateurs grâce à la matière qu'on va trouver sur le chemin (il faudra qu'on découvre comment transformer l'hélium stellaire en silicium d'ici là) et toute la lumière (l'énergie de tout à l'heure) va converger pour rapporter l'information qu'elle aura collecté dans l'univers depuis son début (portrait de la lumière en chien-chien rapportant bâton) et cette information sera stockée dans l'ordi qui saura ainsi tout de ce qui était et sera fait de toute la matière de l'univers et qui pourra donc (donc???) tout faire. Omniscient, omniprésent, omnipotent: On aura rencontré Dieu en personne. (Enchanté!) Pour moins faire peur au gens, Tipler l'appelle le point Ôméga (terme volé à Teilhard de Chardin...) Et nous dans tout ça? On aura rejoint nos descendants qui auront renoncé à la vie bête et méchante et se seront transformés en simulation informatique (!!!) sur le disque dur de Dieu. Et comme celui-ci sait tout, il y aura aussi une simulation de nous. Oui, de moi, de toi, de lui, d'elle et de Mémé. Tout le monde! (Et Médor?) Et ce n'est pas tout! Puisque Dieu nous AIME (j'ai pas compris la démonstration du pourquoi...) il va chouettement arranger son disque dur, et de ce fait ça ressemblera... non, ça sera le Paradis.
Vous suivez encore? Je n'exagère pas, c'est aussi farfelu que ça. J'ai simplement omis les détails de la démonstration, puisque c'est de la Physique pure et dure (très dure) et que je ne saurai résumer des arguments que je n'ai pas compris (je suis plutôt dans la bio, moi). A ce que j'ai retenu, il suffirait de savoir si la masse d'un boson de Higgs(je sais même pas ce que c'est) est supérieure à une valeur précise pour vérifier la théorie. C'est lié à la gravitation quantique du rayonnement intra-spatio-galactique mais qui est en fait le Saint Esprit coincé dans un réacteur nucléaire... Je m'embrouille, et vraiment, je n'y connais rien à ce genre de science. Toutefois, à en croire des gens qui ont l'air de s'y connaître (http://math-et-physique.over-blog.com/article-3596214.html) ce n'est pas dans la partie Physique que ça pêche le plus. C'est un piège pour que Tipler ait l'air de quelqu'un qui s'y connaît lui aussi. Toutefois, un peu de jugeote permettra à chacun d'un peu sensé de voir qu'il y a trop d'incohérences ne serait-ce qu'au niveau logique dans cette théorie qui pue la propagande évangéliste. (Cela m'étonnerait que Dieu ressemble à ce point à ce qu'il y a marqué dans la Bible. Ce serait quand même une sacrée coïncidence!)

Conclusion: ne lisez pas ce bouquin (Sauf si vous écrivez des romans de SF, ça peut donner l'inspiration d'un récit assez fendard). Il suffit que l'un d'entre nous ait déjà perdu tout ce temps à se farcir ces sottises. 
Je lis les livres nuls pour que vous n'ayez pas à le faire.

par Tico publié dans : Livres à ne pas lire (je l'ai fait à votre place)
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